I, A Z E S, GRECS, ARMÉNIENS.
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connu de tous et dédaigneusement toléré. D’ailleurs leur mahométismen’est point hypocrisie pure : les rites des deux religions leur deviennentpar habitude également nécessaires. Peut-être faut-il voir en eux les des-cendants de ces Macrones dont parle Hérodote comme pratiquant la cir-concision : ils auraient été « musulmans » avant la conquête du pays parles soldats de l’Islam *.
Nulle part, pas plus en Turquie que dans la Transcaucasie , les Haïkancsou Arméniens ne vivent en corps de nationalité compacte, mais sur le ver-sant méridional de la vallée du Tchoroukh, de même que dans celles desbranches maîtresses du haut Euphrate , ils constituent la population domi-nante; en Asie Mineure, dans le bassin du Djihoun, ils peuplent exclusive-ment quelques hautes vallées; c’est là que, de la mer Noire à la Médi-terranée, se sont le mieux conservées les traditions du royaume d’Ar-ménie . On ignore le nombre des Ilaïkanes : leur situation politique ayantdonné lieu à de vives discussions, des exagérations se sont faites dansles deux sens, suivant les intérêts de la polémique : d’après les uns, lesArméniens des provinces restées à la Turquie seraient encore de deux àtrois millions; d’après les autres, ils ne seraient plus que cinq cent mille.Les statistiques officielles, faites sur de simples évaluations locales, netiennent pas toujours un compte régulier des diverses nationalités; néan-moins les proportions relatives des races distinctes étant connues d’unemanière générale par les explorations des voyageurs, on peut en déduirele nombre approximatif des Arméniens turcs : il est probablement de sept àhuit cent mille; ainsi le tiers environ de la nation haïkane se trouve-rait sur territoire osmanli. A Erzcrouin, de même qu’à Constantinople ,les Arméniens se distinguent des Turcs par un esprit plus ouvert etplus libre, un plus grand amour de l’instruction, plus d’initiative dansle commerce et l’industrie; dans le vilayet de Van, il n’est pas une mai-son qui n’ait été construite par eux, pas une étoffe indigène qu’ils n’aienttissée, à peine un fruit qui ne vienne de leurs jardins. Ils émigrentvolontiers, et sans compter ceux qui s’expatrient pour échapper auxexactions des pachas ou aux incursions des pillards kourdes, on en ren-contre des milliers à Stamboul et dans les autres cités de l’Anatolie etde la Turquie d’Europe ; ils y travaillent surtout comme maçons, ma-nœuvres et portefaix ; à Constantinople le nom de Van Ermenisi, « Arméniende Van », s’emploie comme le mot « Auvergnat » dans les grandes villesde France . Des villages entiers ne sont peuplés que de femmes laissées
1 Ile Gobineau, Trois ans en Asie.