KOURDES.
547
Turquie d’Asie , deux castes bien distinctes, appartenant probablementà des souches ethniques différentes : ces deux castes sont les kermaniou imireta, c’est-à-dire les nobles, et les gouran ou paysans. Ceux-ci, quatreou cinq fois plus nombreux que les premiers dans le Kourdistan méridio-nal, sont considérés, et probablement ajuste titre, comme les descendantsd’une nation vaincue et asservie 1 : on les appelle raya dans la Turquie d’Asie , de même que les autres serfs de la glèbe. Dans certains districts ilssont en effet des esclaves, obligés de cultiver le sol pour des maîtres quis’arrogent sur eux le droit de vie et de mort. En aucune circonstance, ilsne peuvent s’élever au rang de guerriers : ils n’ont qu’à se soumettre à ladestinée, à changer de maîtres quand l’issue des combats Ta ainsi ordonné.De leur côté, les nobles ou soldats se croiraient déshonorés s’ils se livraientà l’agriculture; le seul travail pacifique permis à ces hommes supérieursest le soin des troupeaux; le pillage et la guerre, soit pour leur proprecompte, soit comme mercenaires, sont les seules occupations dignes d’euxeu dehors du métier pastoral ; en certains districts, ils se distinguent parle port d’un manteau rouge 2 . Moins beaux en général que les Kourdesde la caste des gouran, ils ont des formes plus lourdes, des visages auxangles saillants, des yeux petits et enfoncés. Les gouran ont des figuresplus douces, plus régulières et se rapprochant du type grec 3 . Quelquesfamilles de Tchinghianeh ou Tsiganes, en tout semblables à ceux del’Europe, et les Tere-kameh, que l’on croit être d’origine turque à cause deleur idiome, vivent aussi parmi les Arméniens et les Kourdes. Les Tere-kameh habitent une centaine de villages près de la frontière persane .
Le dialecte diffère aussi bien que les traits. Les parlers sont aussi trèsdistincts entre les tribus éloignées : un Kourdc des montagnes de la Cilicie comprendrait difficilement un Kourde du Kopet-dagh. La structure com-mune de tous leurs dialectes est essentiellement iranienne; le voca-bulaire est enrichi de mots persans chez les tribus orientales ; chez cellesde l’oceident et du nord il abonde en termes arabes et turco-tartares; lesmots syriaques sont fort nombreux dans quelques districts; en Transcau-casie , les Kourdes emploient des expressions russes; le zaza, que Ton parleà Moucli et à Palou, offre quelques analogies avec l’idiome des Ossètes cau-casiens. D’après Lerch, la langue kourde se divise en cinq dialectes, dontl’un, le kermandji, est parlé dans toutes les tribus à l’occident de Mossoul 4 .
1 Moritz Wagner , Reise nach Persien und dem Lande der Kurden.
- Millingen, Wild Life amoncj tlie Koords,
3 Rich, Narrative of a Résidence in Koordisiun.
* Forschungen über die Kurden und die Iranischen Nordchaidâr.