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Livre IX. L'Asie Antérieure.
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laquelle le vol sérail sévèrement, défendu sur les vivants, mais permis surles morts, et les sectaires se croiraient autorisés par conséquent à tuerceux dont ils convoitent la fortune. En temps ordinaire cependant, les vo-leurs kourdes respectent la vie humaine; ils ne tuent point ceux qu’ils dé-pouillent et laissent même des vivres cl des vêtements aux pauvres dansles villages qu’ils ont pillés. Toutefois le consul anglais Abott, ayant tentéde se défendre, fut bâtonné et laissé nu sur la route de Diyadin, au milieude ses serviteurs épouvantés 1 . Ils ne versent le sang que pour venger uneinsulte personnelle ou héréditaire; mais, pour accomplir ce devoir sacré dela vcndelte, on les a vus s’attaquer et s’entr’égorger jusque dans la mos-quée. Les chefs, auxquels les tribus obéissent aveuglément, tiennent tableouverte et rendent en festins les présents qu’ils ont reçus et les produitsdu pillage; l’étranger est très bien accueilli quand il se présente en hôte.

Pris en masse et malgré leurs mœurs guerrières, les Kourdes sont plushonnêtes et plus sûrs que leurs voisins d’autres races; en général, ils res-pectent leurs femmes et leur laissent une beaucoup plus grande liberté quen’en ont les Turques et les Persanes , mais le travail incessant leur fait uneexistence des plus pénibles et l’on dit que fréquemment les mères, vou-lant épargner à leurs lilles une vie aussi misérable que la leur, les fontpérir sitôt après la naissance. Toutefois les Kourdes n’ont jamais, commeles Tcherkesses, auxquels ils ressemblent à tant d’égards, vendu leursjeunes filles aux pourvoyeurs des harems. Malgré toutes leurs qualités,les Kourdes sont menacés dans leur existence en maint district de la Perseet de la Turquie ; ils diminuent, et çà et là se fondent avec les populationsenvironnantes. Les serfs paysans qui constituent la masse principale deshabitants n’ont aucun intérêt à maintenir le lien qui les rattache à la casteguerrière, et celle-ci est condamnée à s’épuiser par son genre de vie, quiest la lutte envers et contre tous : les haines religieuses contribuent àl’œuvre de destruction, du moins en Perse , car les trois quarts desKourdes sont sunnites fervents, et les Iraniens, en qualité de chiites,croient bien faire en opprimant ou en tuant les hérétiques.

Dans cette contrée de passage où se sont mélangés les débris de tant depeuples, les cultes les plus divers ont laissé leurs vestiges; une peu-plade Lourde du sandjak de Sert (Saërt) a même été signalée à M. Chantre comme n’ayant aucune religion. Parmi les tribus des plateaux arméniens

James Eroagh, ouvrage cité.