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Erzendjan était avant Erzeroum la ville principale de cette région de Haïk,dont les Ilaïkanes ou Arméniens ont pris le nom, et dans les hautes valléesdes alentours se trouvent quelques-unes des « montagnes saintes » lesplus vénérées. Lorsque Marco Polo la visita, elle était une grande cité oùse fabriquaient « les meilleurs bouquerans du monde », probablement desmousselines. Elle possédait aussi « les meilleurs bains de sources quiexistent », bains qui aujourd’hui ne sont pins connus ou plus utilisés,mais il se peut que des commotions du sol les aient déplacés, cette régionayant beaucoup souffert des tremblements de terre; en 1007, une se-cousse renversa la ville, engloutissant la moitié des habitants. Située à1500 mètres d’altitude, Erzendjan jouit d’un climat notablement plus douxqu’Erzeroum et les cultures de ses riches campagnes sont déjà celles dela zone tempérée: vergers, vignes, melonnières entourent la cité.
En aval d’Erzendjan, les rochers se rapprochent du lit et l’une des clusesdans lesquelles s’engage l’Euphrate , sans que la route puisse l’v suivre, estformée par des parois presque verticales, hautes de trois à cinq centsmètres. Un des promontoires qui précèdent la cluse porte au sommetet sur ses pentes la vieille cité de Kemakh, qu’entoure une forte muraillecontinuant les escarpements de la roche : c’est dans cette ville, jadis impre-nable par l’escalade, que les rois arméniens du commencement de l’èreactuelle avaient leurs plus beaux temples, leurs trésors, leur prison d’État,leurs tombeaux. Au pied de la colline, des forêts de mûriers, qui longentle fleuve, attirent au printemps des myriades de cailles, dont la venue sou-daine passe pour un miracle. Le contraste des jardins verdoyants et de laroche nue donne un aspect saisissant à Kemakh; mais bien plus remar-quable encore est Eghin ou Akin, située sur la rive droite de l’EuphrateKara sou, en aval de la vallée profonde par laquelle débouche le Tcbalta-tchaï : en cet endroit le fleuve, cessant de couler à l’ouest et au sud-ouest comme pour aller se jeter dans le golfe d’Alexandrctle, commenceà décrire vers le sud la série de courbes par laquelle il échappe aux mon-tagnes de l’Arménie . Quand on arrive au-dessus d’Eghin, sur le bord duplateau qui la domine à l’occident, et qu’on regarde la ville au fond d’unabîme de plus de 1000 mètres, elle paraît être entièrement dans la vallée,mais quand on est descendu sur le rivage du fleuve, que traverse un pont debois, on la voit s’élever en amphithéâtre au milieu de rochers découpés entours et en aigui .les; des peupliers, des platanes entourent la base des col-lines; des noyers au vaste branchage, des jardins, remplis de mûriersdont le fruit fournit aux habitants une part notable de leur nourriture,recouvrent les talus de débris appuyés sur les blanches parois de la falaise.