404
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
l’Euphrate , mais par le chemin du désert, qui se dirige à l’est vers Tekrit,sur le Tigre 1 .
On sait quelle était la fécondité du sol babylonien lorsque les eauxfluviales étaient habilement distribuées dans les campagnes riveraines.Hérodote , qui pourtant avait vu le delta du Mil, ne voulait pas décrire lavégétation sur les bords de l’Euphrate , de peur que ses récits ne fussenttaxés d’exagération. Même après le passage de tant de conquérants et ladestruction des travaux de canalisation qu’avaient faits les Assyriens, laMésopotamie humide, bien différente de la Mésopotamie sèche, celle dessteppes du nord, était d’une exubérante fertilité : les premiers califes enreliraient d'énormes profits lorsque les exactions n’avaient pas encore dé-peuplé le pays et fait empiéter le désert sur les cultures. I ne statistique,établie par l’ordre d’Omar, constate que les champs en rapport du Sawadou « Terres Moires », d’une contenance totale de onze cent mille hectaresseulement, fournissaient au trésor un revenu de 85 millions de francs,contrôlé par les sceaux de plomb que les cultivateurs portaient au cou aprèsacquittement de l’impôt. De nos jours, la production a bien décliné, maiselle étonne encore, et l’on se demande comment la nature consent à récom-penser le travail si primitif de l’Arabe. 11 fait choix d’un khor, lisière deterrain marécageux dont le milieu est occupé par les boues et les roseaux,puis, sans labour aucun ou simplement après avoir gratté le sol avec unbâton recourbé, entamant la terre moins que la dent d’un raleau, et sansmême se donner la peine d’arracher les mauvaises herbes, il jette la se-mence d’orge dans son champ. Dès que les feuilles se montrent, on lâche lesbestiaux sur le khor pour leur faire brouter les premières pousses, puison abandonne le tout jusqu’au jour de la récolte. Quatre mois après lessemailles, en avril, la moisson est prête pour la faux. Jusqu’à trente et qua-rante épis naissent de chaque semence A
L’eau est encore assez utilisée dans les campagnes, quoique par desprocédés barbares, pour que le fleuve soit considérablement amoindrien certaines parties de son cours. La plupart des riverains irriguent leurschamps au moyen d’un manège qui abaisse et soulève alternativement uneoutre en peau de chèvre. Dans les districts industrieux on se sert de rouesque fait tourner le courant et dont les godets jettent l’eau dans les aque-ducs en pierre construits au sommet de la berge. Enfin quelques canaux,réglés à l’entrée par des vannes, prennent au fleuve même l’eau d’arrose-
1 ccrnik and Scliweiger-Lerclicnfeld, mémoire cité.
a Raillie Fraser, Trarcls in Mesopotumia.