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Livre IX. L'Asie Antérieure.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

le lit se déplace de siècle en siècle et d’année en année. Il fut un tempsoù le Tigre, l’Euphrate , le Karoun, meme la Kerklia, se jetaient séparé-ment dans la mer; les « Deux Fleuves », unis par leur cours moyen, étaientdistincts par leur cours inférieur; ils descendaient parallèlement à la meret le lit où se réunissent leurs eaux se dédouble çà et là comme si les deuxfleuves allaient encore se partager. Les inscriptions cunéiformes mention-nent une expédition de Sennachérih contre le pays d’Elam, dans laquellele souverain dut braver les périls de la mer pour se rendre de la bouched’un fleuve à l’autre. L’ancien lit indépendant de l’Euphrate , le Pallacopasdes Grecs, désigné de nos jours par le nom de Djabri-zadeb, se retrouveà une vingtaine de kilomètres à l’ouest du Cbat-el-Arab, et quoiqu’onlui donne fréquemment l’appellation de «Fleuve sans Eau », une branchede l’Euphrate y coule encore pendant huit mois de l’année’. Ee courantmaritime, qui rase le littoral du golfe Persique en se portant devant l’em-bouchure dans le sens de l’est à l’ouest, des côtes de la Perse vers celles del’Arabie, a fini par oblitérer l’entrée du Pallacopas ou « bouche d’Abdal-lah »L L’estuaire actuel, également obstrué, change aussi de place; depuisla construction des premières cartes marines anglaises il s’est rejeté versl’est, se rapprochant de l’ancienne bouche du Karoun. Ce fleuve persan,jadis tributaire direct de la mer, est maintenant rattaché au Chat-cl-Arabpar un canal artificiel, le Ilaffar, creusé à 40 kilomètres en aval de Basso-rah. Le lit primitif du Karoun existe encore sous le nom de Bamichir,donnant ainsi aux Persans une voie commerciale indépendante, dontils ne cherchent point d’ailleurs à profiler, pour n’avoir point à nettoyeret à maintenir la passe.

Les bouches du Chat et du Bamichir, les lits abandonnés par le courant,les coulées des eaux supérieures, les étangs d’inondation, les plages va-seuses forment ensemble un espace indécis qui n’est plus la mer et quin’est pas encore la terre : c’est une région que l’on peut comparer aux San-derban du Gange, mais la végétation en est beaucoup moins riche; au lieude fourrés impénétrables d’arbustes entrelaçant troncs et branchages, on nevoit que des roseaux dans la plaine inondée, et pendant les heures de la ma-rée les voyageurs qui ont déjà franchi la barre et qui remontent le courantfluvial pourraient croire qu’ils sont encore sur la mer; seulement àl’horizon du nord, des rangées de palmiers, dont on n’aperçoit que leséventails, se montrent dans l’air comme des volées d’oiseaux. Des salsolées

1 Cari Rider. Asie », vol. NI.

- Denis de Rivnyre. Oboch, .Uascntc, Bouchire, Bassorah .