495
MYTILÉNE, MONTS DE LA TROADE, TENEDOS .
les Hellènes contemporains, l’Ida est une montagne sacrée, comme elle le futpour les fidèles de religions antérieures ; près de la cime on voit les restes decellules et de chapelles, et lors de la fête du prophète Eli(j, les villageois desalentours viennent passer la nuit sur le pic pour se prosterner dès quel’astre surgit au-dessus de l’horizon : sans doute la cérémonie n’a pointchangé depuis que les poètes anciens célébrèrent le glorieux sommet que lesoleil éclaire de ses premiers rayons et qui « répand une clarté divine 1 » .L’Ida est encore revêtu des magnifiques forêts qui lui ont valu son nom,mais la plupart des monts avancés, tels que le lvara dagli et le Karali-dagh,sont dépouillés de leurs bois et n’ont plus que des broussailles. Çà et là pour-tant, les hauts pâturages ont gardé leurs bouquets de pins, non des coni-fères qui se ressemblent tous par le port et le branchage, comme ceux desforêts européennes, mais des arbres tous différents les uns des autres parl’attitude du tronc et le mouvement des rainures. Les grands pins du parcimmense, parsemés en désordre sur la pelouse fine, ne se groupent pasen bois assez épais pour arrêter la vue; les campements des àuruk seblottissent dans les fonds, les troupeaux de brebis mouchètent de tachesblanches la verdure, les escarpements calcaires et les dômes trachytiquesdes montagnes voisines. En bas, dans la plaine de Troie, serpente le Men-derch, puis au delà se montrent le détroit sinueux des Dardanelles et plusloin la mer resplendissante avec ses îles, Ténédos, Lcmnos, Imbros , Samo-tliraec, parfois le profil triangulaire du mont Atbos. Les dernières collinesdu système de l’Ida, comprises entre la baie de Besika et l’entrée desDardanelles , forment le long de la mer un rempart insulaire limité ausud par la bouche du ruisseau qui fut le Scamandre, au nord par le deltadu Menderch ou Simoïs d’IIomère. Au large, la tète aride de Tenedos , dontles collines ne portent pas un seul arbre, et quelques îlots moins dé-pouillés de verdure forment un petit archipel au devant du littoral troyen.
La rive méridionale de la mer de Marmara est également longée par unsystème orographique en miniature, que des alluvions et des formationstertiaires, indiquant le passage d’un ancien détroit entre la mer Noire etla mer Egée, séparent des montagnes du sud. La péninsule de Cyzique , rat-tachée à la côte par un étroit pédoncule, est aussi dominée par une masseimposante, le Kapou-dagh, et les îles de l’archipel de Marmara, ainsinommées de leurs roches de marbre, sont des monts émergés. A l’estde la Propontide , la presqu’île limitée par les deux golfes de. Ghemlik etd’Ismid porte également son massif insulaire, dont la cime principale, le