NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
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changements par les éboulis ou les érosions, mais la plaine intermédiaire,jadis partiellement couverte d’étangs, s’est asséchée. Un cordon de dunes,dont la courbe gracieuse rattache les collines d’Eren-koï à la pointe deKoum-kaleh ou « château des Sables », a protégé le comblement qui s’opé-rait dans la plaine par les apports du Mendereh et d’autres cours d’eau.Les coulées sinueuses qui parcourent ce dédale de prairies marécageusesne portent point d’embarcations, et Kalafat, le « bourg des Calfats », oùse eharpentaient autrefois les bateaux, n’est plus qu’une agglomérationde cabanes peuplée d’agriculteurs et désormais perdue dans les terres.Maintenant les alluvions du Mendereh, entraînées dans la mer, sont saisiespar le courant de l’IIellespont et portées au loin dans la mer Egée; seule-ment une partie des sables est rejetée sur la pointe de Koum-kaleh, dont laforteresse est ensevelie jusqu’aux créneaux 1 . .Jadis, la rivière de Bounar-bachi, celle qui, d'après la plupart des voyageurs, serait le Scamandred’Homère , s’unissait au Mendereh par des nappes marécageuses; mais leseuil qui séparait le bassin du Bounarbachi et le versant de la baie deBesika, ayant seulement quelques mètres de hauteur, on eut l’idée d’ycreuser une fosse d’écoulement et de rejeter ainsi les eaux dans la mer deTenedos. La petite chaîne rocheuse du cap Sigée , surmontée de buttes funé-raires, est ainsi changée en île. Une profonde tranchée, ouverte vers l’ex-trémité méridionale du chaînon, mais à un niveau supérieur à celui de lafosse actuelle, prouve qu’à une époque fort ancienne, peut-être même auxâges troyens, on s’occupait aussi de régulariser la distribution des eauxdans ces fertiles campagnes.
Les rivières qui se déversent du mont Ida et des massifs voisins dans lamer Égée n’ont pas un bassin assez considérable pour fournir un débitmoyen de quelque importance; mais, parmi ces cours d’eau, le Touzla-sou ou « Fleuve Salé », qui naît sur le versant méridional du mont Ida ,se distingue par la forme bizarre de sa vallée: se creusant une ravinedans ces hauteurs neigeuses, il coule parallèlement au rivage du golfed’Edremid, pour se jeter dans l’Égée, au nord du promontoire de Baba-kaleli. Au lieu de descendre directement vers la mer voisine, il en reste sé-paré par un mur de rochers, dont il longe le pied sur un espace d’environ100 kilomètres. A l’issue de la vallée, les parois des montagnes, blancheset veinées de bleu, de rouge et de jaune, sont toutes désagrégées par unemultitude de petits jets d’eau salée ; du sol de la plaine s’élancent de toutesparts des filets, dont la température est de 78 à 90 degrés et qui se reu-
Éinile Burnouf, Archives des Missions scieniifiques, tome Vil.