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Voilà tout ce que nous trouvons sur ces deux hommes remar-quables , dans l’historien de leur temps le plus accrédité.
Il est vrai qu’on a cru reconnoître OlivierdeSerres, dans unpassage assez frappant d’un autre livre de l’Histoire du présidentde Thon. Il y parle d’un capitaine Pradel, ou Lapradelle (en latinPradela) , lequel, en c’est-à-dire, l’année d’après la Saint- Barthélemy
, exerça sur les prêtres d’un synode du Vivarais , lesreprésailles du massacre, dont les matines de Paris avoient donnél’affreux exemple ; car toujours les assassinats attirent des assassinats.Mais le capitaine Pradel ne peut être notre Olivier. Ce trait nesauroit s’appliquer à la conduite pacifique qu’il tint toute sa vie, dontil se loue dans la préface du Théâtre d’Agriculture , et dont nousverrons ci-après qu’on a fait un trait distinctif de son panégyrique ,puisqu’on le félicite d’avoir les mains pures de sang, dans une épo-que où les François s’en étoient presque tous souillés. Le présidentde Thou connoissoit Olivier de Serres; il l’appelle bien parson nom ( en latin Serranus') , et il ne l’auroit point appelé Pradela.Que ce soit son père , ou un autre, j’y consens ; mais j’insiste pourqu’on n’impute pas à Olivier de Serres , sur une équivoque denom , un fait incompatible avec tout ce qu’on sait de lui d’une ma-nière plus précise. J’avoue que je suis aise de le croire innocent.J’avois besoin de le prouver. Les services qu’il a rendus à notreagriculture ne pourroient, à mes yeux, expier l’horreur d’un mas-sacre ; et je n’admire le génie , qu’autant que le génie fait aimerla vertu.
Les deux frères de Serres paroissent, en effet, avoir été deuxesprits sages, dans un siècle livré aux esprits de parti.
Le cadet est celui dont le président de Thou fait le plus grandéloge; car il ne distingue Olivier que comme le frère de Jean.Comment se fait-il donc qu’un homme aussi célèbre, de son vivant,que Jean de Serres , soit aujourd’hui si peu connu? C’est un pro-blème embarrassant, mais qu’il faut cependant essayer de résoudre,