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Tome I.
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XXII
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ÉLOGE

xxij

dautant quil sapplique aux deux frères. Nous verrons tout-à-lheure que la mémoire de laîné na pas été mieux conservée.

Tacite a remarqué que chaque siècle, en général, se montre in-différent au mérite contemporain ; ce quil disoit à Rome nest pasmoins juste ailleurs. Vous nignorez pas, Citoyens, quon a repro-ché aux François leur négligence singulière à légard des hommesillusti'es qui sont nés parmi eux. Bayle répète cette plainte dansplusieurs de ses lettres. Il demandoit si Serranus , traducteur dePlaton , étoit ou nétoit pas le même que lhistorien Jean de Serres .Il ne pouvoit trouver ni livre , ni homme vivant qui pût le luiapprendre. On avoit perdu la mémoire de cet auteur françois quisétoit si fort distingué dans le seizième siècle , non - seulementcomme théologien, mais comme philosophe , historien et poète ,quon le regardoit comme une Encyclopédie vivante. Ses Commen-taires sur létat de la France servirent à VHistoire Universellede J. H. de Thou ( et ils ont été depuis très - utiles à lauteur deVEsprit de la Ligue ). Il eut le mérite dintroduire dans lhis-toire lexactitude des dates. Il fut historiographe de France aprèsdu Haillan et Figuier. Quoique ministre de la religion réformée,élevé à Lausanne , forcé de se sauver à Berne pour éviter dêtrecompris dans la sanglante tragédie du 24 Août 1^72 , il étoit si mo-déré , quil contribua à la conversion dHenri IV , en lui avouantquon pouvoit se sauver dans lEglise romaine. Il voulut, commeÉrasme , MelanchthoJi y Dumoulin , Casaubon , Grotius , et tantdautres hommes célèbres , concilier ensemble toutes les sectes, ouplutôt toutes les familles chrétiennes ; mais on a remarqué que cespacificateurs de religion ne satisfont dordinaire aucun des partisquils veulent rapprocher, et sattirent presque toujours certainementla haine du leur. Ce grand ami de la concorde nen recueillit, eneffet, dautre récompense que les injures des deux partis, et lonsoupçonna même quil étoit mort empoisonné. Sanderus le met àla tête de ces détestables adiaphoristes, qui nont, dit-il, aucune