XXIV
ÉLOGE
redevable du Théâtre d’Agriculture , s’explique jusqu’à un certainpoint , par l’oubli dans lequel cet ouvrage a paru demeurer plusd’un siècle. Après avoir eu coup sur coup un grand nombre d’édi-tions , depuis la première, dédiée à Henri IV , et publiée à Paris en 1600 , jusqu’à la dix-neuvième ou vingtième, en 1 6 y 5 , ce livrea cessé tout-à-coup d’être réimprimé.
Il faut en convenir , le siècle de Louis XIV , si fertile en grandsmonumens et en chefs-d’œuvres de tout genre , loin d’avoir l’avan-tage qu’eut le siècle d’Auguste de voir naître les Géorgiques , s’estfait remarquer, au contraire, par son indifférence au sujet de l’agri-culture. Dans la liste nombreuse de ses hommes célèbres, on trouvedes Sophocle , des Cicéron et des Horace : on n’v voit point deColumelle ; car on ne peut considérer comme un corps de doc-trine agraire les écrits de de la Quintinye , qui n’a traité que desJardins , ni le dictionnaire compilé par Chomel , quoique d’ailleursfort estimable. A la En de ce règne , le jésuite Vanière , compa-triote ü’Oliviee. de Serres, fit sur l’économie champêtre unpoëme admirable 5 mais cet ouvrage est en latin , et l’on ne croyoitpas alors que les muses françoises pussent s’abaisser aux détails duménage des champs. C’étoit un préjugé , mais ce préjugé mêmepeint bien l’esprit anti-rural d’un siècle de luxe et de gloire , siècletrès-brillant, il est vrai, mais qui ne fut, en aucun sens, le siècledes campagnes, et qui auroit cru s’avilir, s’il en avoit parlé la langue.
Le malheur est l’école des peuples et des rois. Vers le déclin dece long règne, les calamités de la guerre et les fléaux de la naturesembloient se réunir pour épuiser la France . Le colosse de sa gran-deur périssoit par sa base , et les suites funestes de l’hiver de 1709avertirent enfin les habitans des villes de l’importance des campa-gnes. La misère publique fit songer à l’agriculture. A cette époque,un écrivain laborieux , Liger reproduisit, sous mille formes diffé-rentes , des compilations qu’il appeloit Maisons rustiques ; leurtitre les fit réussir. Mais quelles étoient loin du livre d’ Olivier
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