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ÉLOGE
Quand leurs concitoyens, pressés au Cliamp-de-Mars ,Honorant la vertu par un suffrage libre,
Les élevoient au rang des protecteurs du Tibre ,
Précédés des faisceaux que portoient les licteurs ,
Généraux , Magistrats, Consuls ou Dictateurs,
Tous , sortis de leurs champs , disons-le sans scrupule,Montoient de leur charrue à la chaise curule ,
Changeoient leur faux en glaive , et quittoient leurs sillons,Pour combattre et pour vaincre avec leurs légions.
De Rome , en son berceau, les profonds politiquesAvoient au premier rang mis les tribus rustiques ( 1 ).
Au labour honoré l’État dut sa grandeur ;
La pourpre du Sénat en reçut sa splendeur.
La campagne, à la ville étroitement unie ,
Vit déranger depuis cette heureuse harmonie ;
Mais tant qu’elle dura, ces sublimes RomainsFurent, par leurs vertus, les premiers des humains.
On vit Cincinnatus ( 2 ) , pour sa chère culture,
Empressé de quitter Rome et la dictature,
Refusant les trésors qu’on vouloit lui donner ,
Et ne comprenant pas qu’on pût s’en étonner.
Et toi, grand Serranus , dont le nom me rappelleDe Serres, des François le digne Columelle,
Serranus ( 3 ), que ta vie offre des traits frappans !
Ton patrimoine, en tout, composoit trois arpens )
( 1 ) Distinctio honosque civitatis non aliunde erat : rusticœ tribus laudatissimœ :urbanœ vero in quas transferri ignominia esset, desidice probro. ( C. Plinii. Hist. Nat.L. XVIII, c. ni.)
(2) Lucius Quinctius Cincinnatus .
i ( 3 ) M. Attilius Regulus eut le surnom de Serranus , parce qu’on le trouva semant
( serentem ) , lorsqu’on lui annonça qu’il venoit d’être fait Consul. Les auteurs des pièceslatines insérées ci-après , ont joué , à l’envi , sur cette ressemblance des noms de Serranuset d’OnviiR de Serres. Ils tournent et retournent le passage de Pline: Serenteminvenerunt dati honores Serranum, unde cognomen. (Hist. Nat. , L. XVIII, c. ni.)