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Tome I.
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XCII
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ESSAI HISTORIQUE

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remplie, celle des historiens ne l’est pas : on désireroit le tableau statistiquedes divers États , et celui des progrès de la civilisation ; car, à quoi bon tant dechroniques remplies de généalogies , d’intrigues de cour, de récits de guerre,où (suivant l’expression de ce Frédéric à qui la philosophie conteste le nomde Grand ) les princes jouent les provinces, et les hommes sont les jetons aveclesquels on paie ? A quoi bon tant d’ouvrages où l’on ne voit que des sacrifica-teurs couronnés , des peuples victimes , et des satrapes qui, par leurs adula-tions envers ceux-là, ont obtenu le privilège de torturer ceux-ci ?

Honorons la mémoire d’un écrivain du seizième siècle , auquel on ne peutadresser ce reproche, et dont l’ouvrage est une espèce de statistique , sous unautre titre. Dans un livre où se montrent avec éclat deux sentimens inséparablesquand ils ne sont pas dénaturés, l’amour de la religion et celui de la liberté,Sacci embellit par les charmes d’une diction élégante les détails curieuxqu’il donne sur les excellens chevaux de la Pouille, sur les irrigations, leslenaisons , le battage des grains , le lin du Bressan , les asperges de la Laume-line, l’éducation des vers à soie. Dans cette petite contrée on suppléoit auxmauvaises vendanges , en faisant du vin avec le fruit de la vigne sauvage ( vitislabrusca ) ( 1 ).

Demandez - vous quels pays de l’Italie avoient la culture la mieux entendueau temps d’OnviER de Serres? Assurément, ce n’étoit pas cette Sardaigne dont on vante l’antique fertilité, et qui, pour remonter à un état prospère ,n’attend que les regards vivifians de la liberté. Pendant quatre siècles, pos-sédée par l’Espagne , qui lui envoyoit des vice-rois dont Punique occupationétoit de s’enrichir , frappée du fiéau des corvées, de la féodalité et de la fisca-lité , la Sardaigne étoit tombée dans un état d’apathie dont elle ne s’est pasrelevée. L’ignorance y est telle encore, que l’opinion générale exclut l’emploides mulets, sous prétexte que leur introduction gâteroit la race des chevaux ;c’est Azuni qui nous l’assure ( 2 ).

Étoit-ce la Sicile, que Cicéron appelle un grenier toujours abondamment rem-pli ? Le froment y croît spontanément, Fazello l’avoit déjà remarqué (3).

La canne à sucre étoit-elle connue des Anciens ? L’affirmative est prouvéed’après les témoignages de Théophraste , de F line, d’ Arrien, de Lucain } etd’autres auteurs recueillis par Falconer } dans son Essai sur l’Histoire duSucre (4) > et par Grainger, dans les notes de son poème sur le roseau qui leproduit (5).

Ce roseau est indigène en Sicile . Chiariti a publié un rescrit de l’empereurFrédéric II, qui cède aux Juifs ses jardins de Palerme , pour y cultiver le

( 1 ) Bemardi Sacci Patritii Papiensis deItalicarum Rerum Varietate et Êlegantiâ ,libriX. Papiœ, i 565 , in- 4 °., lib. I, cap.V;et lib. IV, cap. IV, VI, VII, etc.

(a) Histoire de la Sardaigne. Paris , 1802,2 vol. in-8°. Nous devons au même écrivainun bon ouvrage sur les Droits maritimesdes peuples , etc., etc.

( 3 ) De Rebus Siculis. Panormi, i 558 ,in-fol., cap. IV, de Ubertate Siciliœ.

( 4 ) Sketch of the History ofSugar, etc. ,dans les Memoirs of the literary and phi-losophical Society of Manchester. Man-chester, 1796 , in-8°. , tome IV, partie II.

( 5 ) The Sugar-cane : a poem. London,

1764 , in- 4 °.