DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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La ronde.
des perches quarrées, dont le champ trian-gulaire sera composé.
Encore-bien que le rond aye beaucouptravaillé jusques ici tous les géométriens ,antiques et modernes, si est-ce qu’en con-fessant y avoir employé quelques heures,j’en dirai en passant mon avis, comme unde la foule : non que j’estime que cestemienne proposition soit à préférer aux es-crits de ceux qui ont traicté ceste matière jmais afin que je ne cache aux esprits curieuxde ceste science, la nouvelle procédure queje tiens pour y parvenir, promettant d’enrecevoir une autre, quand elle me seramonstrée estre plus asseurée. Je confesseque ceste opération et preuve est mécha-nique, et incognue à la géométrie, n’enrecevant point ses démonstrations $ maisaussi est-elle autant esloignée de fausseté,comme facilement , par le sens naturel,elle peut estre comprise. Dans le rond pro-posé , pour estre réduict en figure quar-rée , soit inscript un triangle équilatéral,touchant de ses angles la circonférence ducercle : l’une de ces faces du triangle, estla face d’un quarré équilatéral, esgal ensa capacité et superficie, à la figure rondeproposée : et par conséquent, on aura lagrandeur d’icelle , en multipliant par soi-mesme, l’une desdites faces du triangle.C’est à dire , si la face du triangle a vingtperches, le quarré en aura quatre cens j quisont quatre arpents que contiendra cestefigure ronde. Quantàla preuve que je vousen baille, j’ai eu recours ailleurs qu’à lagéométrie, assavoir au poids, lequel vousdonnera par cest usage , la cognoissancede la capacité de toute superficie ronde.Soit choisie quelque matière esgale et bienunie, comme papier, parchemin, bois, oucire, sur laquelle tracés et coupés le rond
et le quarré, suivant la précédente mé-thode ; puis les mettés sur le trébuchet oula balance, le rond en un costé et le quarréen l’autre, et treuverés leur pesanteur estreesgale, ou du moins si peu différente,qu’elledemeureinscnsible; ayant observéprécisément toute justesse en la matière,au tracer et couper, au trébuchet et à latable. Si donques en petit volume cesteproposition se treuve véritable, qui est ce-lui de si petite conception , qui ne soit as-seuré de ceste mesme règle, exercée surune grande pièce de terre ?
D’esplucher particulièrement les rai-sons de telles figures , et autres qui sepeuventprésenter, comme,ovales, penta-gones , hexagones, heptagones, octogoneset semblables, des obliques , mixtes etentre-meslées, ce seroit convertir le mes-nager en géométrien, contre mon inten-tion. Ce qui me fera finir mon discours ,pour revenir d’où je suis parti : c’est, quesans entrer en plus grandes spéculations,suffit de rendre en quarré-parfait ou bar-long, toutes aires et places, soient terreslabourables, vignes, prez, bois et autres,les prenans des costés que mieux s’accor-dera , les divisans en une ou plusieurs por-tions, ainsi que la chose le requerra : dontles roigneures se joindront les unes auxautres , pour les réduire aussi en quarré ,tant petites soient elles ; par lequel moyen,viendrés aisément à bout de vostre dessein.Et servira aussi telle recerche au mesnagerdont le domaine est sujet aux charges pu-bliques, de ne se laisser décevoir aux com-mis ès impositions, lorsqu’ils en asséent etdespartent les deniers , cause principalede l’invention de l’arpenteric (18).