PREMIER LIEU
Principalesfacultés delàterre distin-guées , en
CHAPITRE IV.
Disposer la Terre selon sesproprie'tés.
I o u r bien entendre la propriété de laterre, la recerclie des facultés du ciel souslequel vous habités, est du tout nécessaire.Sans ceste correspondance en vain on la-boureroit. Car quel fruict peut apporterla terre sans le bénéfice du ciel? Ce sontlesclimats qui par influences célestes don-nent loi à la terre , à laquelle on ne doits’affectionner à faire porter autre choseque ce qu’ils lui permettent, si on en veutavoir profit. Car pour le plaisir, on ren-verse , par manière de dire, l’ordre de na-ture. Mais cela appartient particulière-mentaux rois, princes et grands seigneurs,que de contraindre la terre, posée sousaer froid à porter des cannes-de-sucre,des oranges , limons, citrons , ponciles ,poivres, olives, et autres matières propresès climats méridionaux : comme en plu-sieurs endroits de la France , en diversesgrandes maisons telles magnifiques beau-tés se voient avec merveille. Nostrepère-de-famille pour le principal de son mes-nage, ne cerche tant de délicatesses, ainsseulement les fruicts que sa terre lui pro-duit volontairement, avec raisonnable cul-ture , et sans excessive despense : bien-quepour le service des grands , je monstrerailes moyens de rendre la terre obéissante,pour extraordinairement porter ces pré-cieuses choses.
En certaines contrées , la terre ne pro-duit qu’herbages: en d’autres, que blés :et ailleurs, que raisins: si qu’il estraison-
' nable distinguer la terre en trois parties,donnant la première, comme aussi la plusantique, au bestail, qui se nourrit ès her-bages. La seconde, au pain, qui se fait desblés. Et la troisiesme, au vin, venant desraisins ; qui sont les principaux alimensdesquels sommes substantés : pour, le bonmesnager, faire là dessus son compte, des’estudier à ce d’où le plus de son bien doitprocéder ; afin de se rendre sçavant en sonadministration, selon les jxropriétés de sonlieu. Le prenant donques de ce biais, diraique s’il est en pays d’herbages , les prai-ries, les eaux pour les arrouser, les bois,pastis , lacognoissancedu bestail, sanour-x-iture et sa débite, seront toute son estude.Si en lieu de grains, le lab ourage des teiTes,le bon bestail pour y ouvrer, les outils,les semences , leurs saisons, la façon etl’ordre pour coupper les blés , les batreet serrer, en retirer des pailles, occupe-ront le plus de son esprit. Si en lieu oùseule la vigne ci'oist, ne pensera qu’à choi-sir les bonnes races de raisins, planter lesmargoutes elles crossettes, les provigncr,tailler, marrer , et autrement ti’aicter savigne, selon son méi’ite et propriété duclimat, faire, loger, et conserver les vins.Mais , où par le bénéfice du ciel, tempé-rament du climat, et douceur du fonds, laterre se treuve propre et facile à porterfoins , blés , et vins, et par conséquent,bois et arbres de toutes espèces : à fairejardinages , garennes , estangs , colom-biei’s et autres commodités 5 nosli'e père-de-famille sera parfaictcment bien pour-veu, ayant par ce moyen chés soi presquetout ce qui est requis à l’entrctcnement deceste vie, jusques aux habits pour soi etsa famille. Aussi aura-ilbeaucoup plus desouci, d’autant qu’il lui sera nécessaire
Herbages
Blé ,
Raisins.