2.6
PREMIER LIEU
Plus vert-J-ur queachepteur.
Autres qua-lités du bontnasnagcr.
l’une dans la bource, l’autre ès grenierset caves, et la dernière en la campagne.Et qu’il ajouste à son mesnage , quelquelionneste négotiation, laquelle , compa-tible avec la culture de ses terres , forti-fiera la récolte de ses fruicts, d’où sorti-ront des moyens à suffisance, pour exercertous offices honnestes, de charité , de li-béralité , d’acquests, de réparations. Ensomme, par là se rendra-il tel que Catondésire le père-de-famille : assavoir , plusvendeur, qu’acliepteur.
Encores que ce ne soit sans louange ,que de sçavoir seulement bien cultiver laterre , pour en tirer l’ordinaire rapport,nostre père-de-famille surpassant le vul-gaire , ne s’arrestera en si beau chemin :
O 7 ^
ains par nouvelles et bien choisies fonda-tions et réparations, taschera d’augmen-ter son revenu : sans toutes-fois s’aban-donner à l’immodéré désir d’acquérir etréparer. A ce qu’estans ses affections bri-dées par la raison, il rejette toutes autresinventions , quoi-que subtiles , et dontplusieurs abondent, pours’arrester à l’af-fection propre du bon mesnager, qui estde conserver et avaluer son bien : ce quene se pouvantfaire sans despence , senioc-quera de ceux, qui sans distinction ab-horrent toutes sortes de mélioremens ; parlà manifestans leur jugement estre offus-qué d’avarice : retenant ceste maxime,que celui n’a que faire des terres, quin’aime les réparations .
Est requis à tout bon mesnager, d’estrehasardeux à vendre, hastifà planter , tar-dif àbastir ; diligent néantmoins à édifier,après avoir planté, non devant , si né-cessité ne le presse, ou quelquebonne oc-casion ne le pousse.
N’entrera jamais en querelle avec au-
cun, s’il est possible, pour le péril de l’is-sue ; semblable aux excès des guerres ci-viles , tirans en ruine le vainqueur avecle vaincu. Mais au contraire, envers unchacun sera humain et courtois, non cho-lère ou vindicatif , en tout raisonnable ,de facile convention et loyal compte en sesnégoces, exacte payeur de ses debtes,prompt à satisfaire le salaire de ses servi-teurs et manoeuvres. Sera véritable, con-tinent , sobre , patient, prudent, provi-dent , espargnant, libéral, industrieux etdiligent. Parties nécessaires à l’hommequi désire bien vivre en ce monde, mesincau mesnager ; estans leurs contraires, en-nemies formelles de nostre profit et bon-heur , Dieu maudissant le labeur des vi-cieux et fainéans, et les hommes les ayansen exécration.
Ces belles vertus seront à nostre père-de-famille, des asseurées guides et adressesà la vraie science d’agriculture ; moyen-nant laquelle noblement il augmentera sonbien , dont il recevra d’autant plus grandprofit ethonneur, qu’avec plus d’industrieet de diligence , il se gouvernera en ses af-faires. Et comme oracle de ses voisins ,sera imité d’eux; voyant son labeur pros-pérer; faisant devenir bonnes , les mau-vaises terres ; et meilleures , les bonnes :voire, de rien (sans mettre en compte lesblés, vins, et autres communes denrées)tirer grands revenus, par aqueducls, mou-lins , prairies , minières , soies , herbes,racines, pour divers usages ; et autreschoses perdues, que l’homme d’entende-ment met en évidence, pour son profit par-ticulier et utilité publique. En somme ,d’un disert et misérable lieu , laissé enfriche plusieurs siècles (comme à la hontede leurs possesseurs et intérest publiq, de