DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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ou pour quelque nouvelle réparation : fai-sant semblant de suivre leurs avis en cequ’ils se rencontrent conformes à son in-tention j car par telle ruse , ils travaille-ront de meilleure volonté , cuidans celaestre de leur invention. Aussi c’est un ar-ticle de prévoyance, de se résoudre lesamedi au soir de ce qu’on a à faire pourla semaine prochaine , mesme ès nou-velles réparations : à ce que dès le di-manche l’on se pourvoye d’ouvriers etautres choses requises. Donnant ce jour-là plus de moyen de communiquer avec lespersonnes, qu’aucun autre de la semaine.
i.e peie-cie- Selon la portée de leur esprit , le père-
'Z'nUmmû- de-famille exhortera ses domestiques àsu i Yre l a vertu et fuir le vice, afin quebien morigénés , vivent ainsi qu’il appar-tient, sans faire tort à personne. Leur dé-fendra les blasphèmes, paillardises , lar-cins et autres vices , ne souffrant iceuxpulluler en sa maison, pour demeurertous-jours maison d’honneur. Leur re-monstrera aussi combien la diligence ap-porte de profit en toutes actions , spécia-lement aumesnage, moyennant laquelle,plusieurs pauvres personnes ont fait debonnes maisons : comme au contraire parnégligence, infini nombre de riches fa-milles est tumbé en extrême ruine : etqu’en toutes affaires , la négligence estde plus grand labeur, que la diligence,les paresseux estans trompés par les chosesrustiques.
Lou^a la Sur ce propos leur alléguera les beauxMigcnce. dicts des Sages , mesme de Salomon :que la main du diligent, l’enrichit :qu’en temps de nécessité , il ne serapoint confus , ayant amassé des biensà suffsance etpour lui et pour autrui :que sa chevance est comme uneforte
cité : que l’habile - homme en sa be-songne , sera au service des rois : quequi labourera sa terre, sera rassasié.A l’opposite : que le paresseux ne vou-lant travailler à cause de l’hyver , men-diera enesté: que celui qui craint toutessortes de dangers, qu’il se figure commedes lions en chemin,pourprendre ex-cuse de se tenir dans le lict : qui aimemieux le dormir que le veiller,le ployer
Mesprise/ aartue.
les
mains.
que
les eslendre au labeur :
qui est lasche à la besongne et de cueurfailli : quipi'end des excuses quand ilfaut travailler, par orgueil, en ayanthonte , est moqué et comparé au fu-mier et à la pierre souillée d’ordure ,et exposé en grande ignominie , parvoir ses champs et vignes couvertesd’orties et espines, leurs cloisons dé-molies , la pauvreté et lafamine le sai-sir, sans lui rester autre chose quevains souhaits,folles espérances , avecune sotte présomption de soi-mesme,s’estimant plus sage que plusieurs deses voisins. Lesquels jmresseux il renvoyéaux fourmis, pour devenir diligens : àce qu’ils apprennent à travailler en estéjpour l’hyver. Pibrac en dit son avis :
Ce que tu peux maintenant, ne diffèreAu lendemain , comme le paresseux :
Et garde bien que tu ne sois de ceux
Qui par autrui font ce qu’ils pourroient faire.
Qui son labeur va délayant,
Son profit aussi va fuyant.
Et Cicéron : qu’en ne faisant rien , l’onapprendà mal-faire . A ces salutaires dis-cours ajoustoient les antiques : que la di-ligence est la mandragore, que le sotvulgaire estime estre enlreles mains deceux qui font bien leurs affaires : que