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Tome I.
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PREMIER LIEU

Plus avoirdes hommesà îajournée ,qu'à l'année.

vouloir considérer leur condition estrebeaucoup meilleure que celle des pauvresmanœuvres, qui ne touchent argent quepour les journées quils travaillent en beautemps, lequel par-après ils ont bon loisirde despendre en chômant, pour linjuredes saisons : au lieu queux espargnent etembourcent à la fois, leurs gages de toutelannée, sans perte dun jour, gaignansautant les pluvieux que les secs.

Par ainsi y a plus dutilité de se serviren réparations extraordinaires, dhommesloués à la journée, quà lannée : lesquelsjournaliers venans de frès en vostre ser-vice, et deslre mal nourris en leurs pau-vres maisons, font merveilles de travaillerau commencement: ce que plus apparem-ment se recognoist le lundi, quen autrejour de la semaine, par sortir nouvelle-ment de leur ordinaire. Mais aussi tellepremière ardeur sesvente tost après ,quand sentans avoir gaigné une pièce dar-gent à vostre service, remplis de bonnechère, sallentissent petit-à-petit ; dontfinablement par lascheté , deviennent in-supportables : etpoussés de lhumeur per-verse des domestiques , se faschent mesmede la longueur de loeuvre ; bien-que tantplus ils gaignent, cpie la fin sen délaye :ne se soucians, ne de leur devoir, ne devous donner contentement.

Ne pensés pas aussi, quils vousportenttant damitié et de respect, quil suffise devous préférer à un autre en leurs services,bien-quils en ayent occasion (si quelqueparticulière obligation ne les y contraint)quau contraire, extrêmement avares, nevous serviront, sils treuvent à saigner undenier plus ailleurs, que chés vous. Aussiest-ce chose expérimentée, que si bien nechevirés de ces gens-ci, en bon, quen ma u-

vais temps; si que plus facilement vien-dront chés vous, le jour saddonnant à lapluie , questant la matinée claire et se-raine. Pour lesquelles fins , et autres lé-gères ou vicieuses, ne retourneront à vostreservice (selonlexpérience) le lundi, silsont esté entièrement payés le samedi pré-cédent, peu exceptés : ce cpii a faict in-venter ce traict de mesnage, que de lestenir gagés de quelque peu dargent, dontexpressément leurresterés débiteur ; pourlequel plus aisément recouvrer , revien-dront comme desirerés. Et par conciliésavec le proverbe , que

Celui qui paye le premier,

Se trouve servi le dernier.

Je ne doute pourtant , quils ne setreuvent quelques-uns de ces pauvres gensde bonne conscience, qui jiour vostre in-tégrité, ne se laissentmanier comme vou-driés: mais le nombre en est si petit queparleur seul service ne pourriés beaucoupavancer. A ceux-, néantmoins, donne-rés-vous plus à gaigner quaux autres, se-lon vos affaires. Mais estant question dunegrande et importante besongne, et eux etplusieurs autres, mieux choisis, serontemployés , pour (comme a esté dict) enbeau temps et avec grande diligence tas-cher de parfaire vos entreprinses ; congé-diant sur lœuvre mesme , ceux qui parmauvaise élection , se trouveront, oulasches ou trop ignorons, sans souffrirquaucun mange inutilement vostre pain.À uquel chastiment, les autres profiteront.Finalement contenterés gaiement tous vosmercenaires et manœuvres, enbeaupaye-mentque leurferés, sans leur rien retenir.Aussi est-il escrit, lu nefrauderaspointle loyer du pauvre mercenaire , afinqu'il ne crie contre toi au Seigneur, et