La condi-tion misé-rable desserfs de Van-tiquité.
D U T II É A T R E D’A G R I C U L T U R E.
qu’il y ait péché en toi. A ccst oracles’accorde le dire du payen ,
Tu payeras promptement le salaire
Qu’auras promis au pauvre mercenaire.
Et ainsi les renvoyerés - vous en leurspauvres familles, juscpies à une autre fois,que les rappelans , les treuverés souppleset disposés à revenir, pour avoir gousté ladouceur de vostre table et de vostrebource.
Ayant aucunement discouru des imper-fections des gens de service , domestiqueset manoeuvres, est requis de parler aussides défauts des maistres envers eux : à ceque soyons instruicts du moyen équitablequ’avons à tenir en ce tant important ar-ticle , pour estre bien servis en nostremesnage.
La puissance absolue de vie et de mort,que le temps passé les maistres avoientsurleurs serfs, causoit tant d’insolence, que lesmaistres , comme tyrans insupportables ,exerçoient sur eux toutes espèces de cruau-té. El non-seulement par baine, desdainou autre malicieuse humeur, ces pauvresgens esloient battus et massacrés, maisaussi souventcs-fois pour passe-temps, onles exposoit aux lions , ours , et autresbestes furieuses , voir estaient contraintsà s’entre-tuer eux-mesines. Et seulementles plus humains se contentaient du travailde ces misérables , qui toutes-fois estaientgouvernés comme pauvres bestes. Tout lejour attachés au joug, enchaînés après lelabeur , et contraints à travailler à forcede coups : la nuict resserrés dans les q>ri-sons et cachots. Maigrement nourris, ven-dus , acheptés, eschangés par les foires etmarchés , voire pour trafïiq en estoientfaicts comme des haras, pour en avoir dela race, ainsi qu’on faict des poulains. Delaquelle barbare inhumanité, est sorti ce
proverbe antique, autant de serfs, au-tant d’ennemis. Tous les vieux au tireursde rustication enseignent le gouvernementdes serfs , pour en tirer profit, selon l’u-sage de leur tenijrs , avec autant de dou-ceur , que le naturel de la chose le requé-roit, en quoi toutes-fois, estrecogneueunetrop sévère rigueur. Mais par sur toushommes r;dsonnables , paroist la tropgrande rudesse et cruelle avarice de Caton,quand ses serfs et esclaves, par vieillesse,devenus presques inutiles, estoient chas-sés de sa maison, en les vendant , quoi-qu’à petit prix , pour crainte de perdrequelque peu d’argent, comme l’on faict desvieux mulets et chevaux , sans vouloirsouffrir d’achever leur misérable vieillesse,où ils avoient employé leur jeunesse, entravaillant pour son service.
Par cest inique traictement, les es-claves portans impatiemment le joug deservitude, sans recognoistre que Dieu lesy avoit assujétis, estoient en continuellesolicitude, pour treuver les moyens de leurdélivrance : qui s’offroient quelques-fois ,selon leur désir, à la honte et ruine deleurs maistres, recevans avec violences pardivers accidents, punition de leurs cruau-tés. Ainsi se roidissans les uns et lesautres , à la rigueur ; tout respect d’hon-nesteté mis en arrière, n’estoit questionque de la force et contrainte.
Etencoresque telle rigoureuse loi n’aitplus de lieu en ces terres de franchise , nes’y voyant ni serf ni esclave; ilreste toutes-fois à plusieurs, une trop sévère façon decommander, approchant de la brutalité.Car outre un continuel desdain qu’ils ontde ne treuver aucun service agréable, nemonstrent jamais leur bon visage à leursserviteurs. Et selon qu’ils sontpoussés d’a-
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La rigou-reuse séeéritécC aucunsmaistres d'ce temps .aussi