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CHAPITRE VIII.Des Fanons du Mesnase.
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Deux ma-nières de cul-tiver la terre.
Incommo-dités de tenirs on bien à samain ,
ÂVAN t que particulariser la culture dela terre , est nécessaire de monstrer les di-verses façons sous lesquelles les mesnagessont conduicts , pour s’arresler là où plusse treuvera de profit et de plaisir. Ces deuxjirincipales façons sont dès long temps enusage, de faire cultiver les terres par ser-viteurs domestiques , et par fermiers ;seules restées à nous de la simplicité denos ancestres. Car, quelepère-de-familley employé ses mains, la saison en est ja pas-sée , enlaquellelesplusriclieset meilleursmesnagers estoientlaboureurs: et en vain,pour exemple représenterions-nous unManias Curius , un Atiilius RégulasSerranus , nn Marcus Cato , un Quiri-tius Cincirutatus , un Caius Fabriciits ,un Curius Dentatus , et autres notableshommes de l’antiquité , prenans à grandhonneur d’avoir soin des choses rustiques ;et les faire voir, de la charrue , monter àla dignité d’empereur , conduire des ar-mées , et après leurs batailles et victoires,laisser plus volontiers telles suprêmescharges, qu’ils ne les avoient acceptées ;pour retourner à leurs labourages, vivrede raves , du pain et du vin de leurs va-lets, estant à faire à p>aysans que d’imiterces bons pères ; tant sommes nous confitsen paresses et délices. En chacune de cesdeux façons, se treuvent beaucoup de dif-ficultés , selon le naturel de toutes choses.La peine de conduire un mesnage n’estjietite, pour les malignes humeurs de laThéâti'e d’Agriculture , Tome I.
plus-part des gens de service , causant,mesme en l’absence du maistre , ce tantfrauduleux labeur des domestiques , du-quel, avec raison , l’on se plaint si fort.Ceci augmentant le mal, que tandis courtla despence des vivres et du payement desserviteurs , tellement grande , que sou-vent c’est à la ruine d’une bonne maison,au lieu du profit espéré ; ce qui a faictdire,
Si le beuf'a rempli ta «range *
C’est aussi le beufqui la mange.
Le mesme chante le poëte ,
Veux-tu sçavoir quelle voieL’homme à pauvreté convoie?
Eslever trop de paies,
Et nourrir trop de valès.
Ces difficultés ont ja esté représentées, etaussi l’ordre aies surmonter ; et tombantde fièvre en chaud-mal : voici celles desfermiers ,
Celui son bien ruinera ,
Qui par autrui le manira.
C’est la préface de ce discours , afin quepour un préalable l’on face son compte ,le bien se descheoir entre les mains desfermiers. Si choisisses riche vostre fer-mier , comme de nécessité faut qu’il ait dumoyen pour fournir vostre domaine, debestail, d’outils , de semences , de meu-bles , de vivres, d’argent, et d’autreschoses requises, voudra avoir vostre bienà trop bon marché, et n’y entrera qu’avecasseurance de grand profit, sous condi-tions rudes , et pour vous peu avanta-geuses. Joinctqu’yestant, son ignorance,son orgueil, son irrévérence , et autressiennes incivilités , vous importuneront.Si pauvre , posé qu’en jouissiés commevoudrés , vous en promettant bon prix ,serés contraint, non seulement d’attendre
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