JO
PREMIER LIEU
ce qui aura esté convenu entre vous, maisaussi de lui fournir deniers , blé , meu-bles , bestail, pour avancer vos affaires ,autrement demeureroient-ils en arrière ,avec danger d’en cstre mal rembourcé , àcause de sa pauvreté, qui lui oste lemoyen d’attendre la vente de ses fruicts,dont bien souvent n’en peut-il tirer la rai-son. Or si d’aventure le trop de profitque cestui-là faict sur vostre bien vous estodieux , la perte de cestui-ci vous désa-grée. Et quel qu’il soit vostre fermier, aulieu d’augmenter vostre bien, le vous di-minuera ; comme à la longue ainsi le re-cognoistrés , quand au bout de leurstermes, ils vous rendront vos terres, lasseset recreues, comme chevaux de louage ,et vos maisons débiffées. Estans tous , oula plus - part , jettes en ce moule, qued’estre avares, paresseux et ignorons.Principalement c’est l’avarice qui règnepar-sus telles gens $ qui pour l’espargned’un clou ou d’une tuile , laisseront dis-siper une partie de la couverture du logis •,en danger, par telle particulière ruine, decauser la générale de l’édifice. A faute detenir un fossé ouvert, l’eau vous dégus-tera une terre : de mettre un pau en unecloison, ou de relever un pas de muraille ,une vigne se dissipera. Quant à laisserbrouter au bestail les arbres, et en desro-ber les fruicts, cela leur est tant fréquent,que mesme en ceci les plus modestes fer-miers sont insupportables : par avoirfemmes, enfans, et autres domestiquesqui indiscrètement s’en fournissent. Dé-fraudent la culture des champs et des vi-gnobles , par avarice et négligence , neleur donnans les œuvres nécessaires , eten les chargeons plus que de raison ; lesprairies mesme , quoi-que faciles à gou-
verner se ressentent de leur mauvaismesnage. Si vostre fermier a du bien prèsdu vostre , tenés - vous pour dict, qu’àvostre perte , son domaine se laboureraet engraissera, l’allant cultiver et fumer ,le bestail se nourrissant en vos fourrages
O
et pasquis , quelques conventions qu’ayésfaictes par-ensemble. Jamais en vostrefonds, une seule réparation n’est fai etc parfermiers, quoi-qu’à eux nécessaire , et desi petit prix, qu’eux-mesmes en fussentlargement rembourcés durant leur terme,si après icelui, elle vous demeure. Encoresmoins devés vous espérer qu’ils fassentrien de beau ès jardinages ou ailleurs ,pour vostre délectation, non un seul ente :car , outre que leur esprit est grossier, ilsse faschent si vous faictes faire quelquegentillesse en vostre domaine : de peurque tels moyens vous y attirans, ne vousdonnent l’entière cognoissance de vos af-faires , voyant leur mauvais mesnage , etle trop de profit qu’ils font sur vous, etque finalement les en sortiés. En somme,tout leur mesnage se faict par fraude, engrondant, n’ayans esgard qu’au seul gain,sans penser à l’honneur. Descrient vostrebien , publions ses défauts , ettaisans sescommodités. Jamais ne confessent y avoirgaigné, mais tou s-jours af ferment y avoirperdu : tant pour desgouster d’autres decourre sur leur marché , que pour vousoster la fantasiede le tenir à vostre main 5faisans tout impossible, ou du moins très-difficile à gouverner. Seraient contens nevous voir jamais sur vostre bien , n’enpouvons dissimuler le marrisson ; princi-palement au temps de la récolte, de peurde se voir contrerollés par vous, en obser-vant la quantité des fruicts qu’ils cueillenten vostre terre. C’est pourquoi les do-