DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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Je crois avoir parcouru les points d’agricul-ture les plus intéressans qui doivent fixer l’at-tention des cultivateurs. Les Sociétés d’Agricul-ture, établies dans chaque Département, réuni-raient toutes les observations qui leur seraientadressées par les cultivateurs , chaque année, etde cette réunion, résulterait nécessairementune masse de lumières qui nous éclairerait plussur le véritable objet de la météorologie ap-pliquée à l’agriculture , que toutes les théoriesqu’on a publiées jusqu’à présent. (C.)
Nous allons joindre à ces détails deux obser-vations, sur le même sujet important pour l’agri-culture.
i°. Ce n’est pas assez de connoître les effetsdelà raréfaction et de la condensation dans l’air.Celle qui s’opère dans la terre , est un agent ac-tif et puissant des mouvemens de la sève , quin’avoitpas encore été apperçu avant le C. Mus-tel. On voit dans son Traité de la végétation(livre III, chapitre X), la description d’uninstrument nouveau qui sert à prouver et à mar-quer les effets de cette aspiration et de cetterépulsion dans la terre , qu’il regarde comme leprincipal mobile de la végétation. Il appelle cetinstrument, par lui imaginé , Thermomètre ter-restre. Il veut démontrer, par cette expérience,io. que pendant la chaleur du jour, temps dela raréfaction , les particules d’air et d’eau dila-tées dans la terre , y forment une pression entout sens , dont l’effet se fait sentir sur la li-queur de son tube ; d’où il conclud que dans lejour , la sève est pressée dans les racines desplantes, avec la même force qui pousse la li-queur dans le tuyau de son instrument ; 2°. quependant la nuit, temps de la condensation, lesparticules d’air et d’eau diminuant de volumeet occupant un moindre espace, il se forme dansla terre une sorte d’aspiration , d’où il tire aussila conséquence que cette aspiration qui soulèvela liqueur dans le tube, allonge les petites ra-cines des plantes, et leur communique unegrande force de succion, pour attirer , dans lanuit, la sève descendante. Selon lui , la sèvemontante est la sève terrestre ; la sève descen-dante est la sève aérienne. Ces idées neuvessont développées dans l’ouvrage du C. Mustel;
elles seraient dignes d’être vérifiées avec soin.Ici la théorie pourrait avoir une heureuse in-fluence sur la pratique , et l’invention du ther-momètre terrestre deviendrait aussi utile au cul-tivateur , que l’est au physicien celle du ther-momètre ordinaire. C’est une preuve qu’il resteencore beaucoup de choses à étudier et à décou-vrir dans les mystères de la végétation. Mal-heureusement pour notre âge , il y a trop peude temps qu’on s’en occupe. A peine sommes-nous aux premiers feuillets de la véritable his-toire de la nature. Il faut des siècles pour en dé-chiffrer une page ; et les hommes , en général ,ont plus d’imagination pour composer le romandes systèmes , qu’ils n’ont de patience et de sa-gacité pour recueillir et constater les faits.
2°. Il n’y a pas cent ans qu’on tient registre enFrance des observations météorologiques. Noshistoriens d’Occident ne donnent point la suiteexacte des tremblemens de terre , des séche-resses , des déluges ou grandes inondations ,des froids et des chaleurs, et des autres grandsphénomènes dont les naturalistes et les physi-ciens voudraient connoître les époques. Dans lesannales de la Chine on trouve , pour plus devingt siècles , le registre tenu , jour par jour,dans toutes les villes , de tous les événemensmétéorologiques. Le onzième volume des Mé-moires chinois (Paris , 1786 , in- 4 °.) , contientdeux extraits curieux des chroniques météorolo-giques de deux capitales de provinces chinoises,depuis l’an 180 et 190 ans avant l’ère chrétienne,jusques vers la fin du siècle de Louis XIV .Ces journaux, tenus dans les villes, sont en-voyés exactement à la Cour de l’Empereur ,et au Tribunal de l’histoire. Il serait fort utilede traduire cette partie des grandes annales chi-noises , qui sont à la Bibliothèque nationale.Les savans pourraient y trouver des choses sin-gulières sur les comètes anciennes, sur les pluiesde cendres, de bois , sur les pierres tombées duciel , etc. Notre agriculture pourroit tirer ungrand parti d’une suite complète d’observationsde ce genre , si l’on eut commencé plutôt à lesfaire avec soin , et à les consigner dans les actesacadémiques. C’est un bienfait tardif que nouspourrons léguer à la postérité , nous et nos suc-cesseurs. Il y a des travaux qui paraissent sté-