DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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dont ne pourries venir à bout en aucunedes autres saisons , qui toutes ensembledonnent vigueur aux herbes , et par con-séquent, pour peu quela terrefut sèche, nesa façon, lespourroit-on arracher. Le soc qu’on em-ployera à ce deffrichement, n’aura qu’uneaureille, appellée en France , l’escu; afinque par icelle seule les gazons ou mottesse puissent renverser toutes d’un costé ,l’herbe justement jettée contre terre, pourlà estre estouflée. Cela se fera ainsi ,moyennant que le laboureur monte d’uncosté du sillon, et descende par l’autre, fai-sant continuellement toucher de l’escu deson soc à la terre ja labourée; dont fera quela motte se renversera à lopins s’en-des-sus-dessous, si que peu ou poinct d’herbeparoistraparle dessus, ains seulementlesracines avec la terre. Ce que ne pourriésjustementfaire aveclesocàdeuxaureilles,ne par le labourage ordinaire , iceluin’ayant autre pouvoir’ que de fendre lamotte sans la renverser que bien peu. A lacharrue faut fermement, ajouster un grandCousteau, dont la pointe, tendant en bas,fendra la motte pour préparer la voie ausoc; afin de tant plus faciliter l’oeuvre. Pourgaigner temps et soulager le bestail, àceste première lois ne faut prendre de lamotte , que deux ou trois doigts d’espes-seur : à quoi aussi servira beaucoup, si laterre a esté gelée auparavant, et puis bai-gnée par quelque pluie, car le fonds prinsmollet, est facile à rompre. Pour laquellecause, au défaut de pluie, on l’arrousera ,en ayant le moyen. Prenant la terre ainsimouillée, l’on pourra dire se deffricherpresque pour-néant : attendu que vos ser-viteurs et bestail chommeroient à fauted’autre hesongne , en ceste oeuvre em-ployons utilement le temps. Il est néces-
saire estre pourveu de bons et puissansbeufs ou de forts chevaux , mulets oumules de grosse taille et robustes , et lesbien nourrir pour résister à ce travail, quin’est petit, sur tout si le fonds est argil-leux , car le sablonneux est de plus facileconvention. Aussi faut estre f ourni de plu-sieurs coutres et socs proprement accom-modés, leur fer bien forgé et acéré, et leurbois neuf, dur et solide, et en avoir de ré-serve pour substituer en la place de ceuxqui se rompent. Les gelées survenantesaprès ce premier deffrichementy servirontde beaucoup, tant pour achever de tuerles racines de la motte, que pour en cuirela terre, qu’elles transperceront de toutesparts. Mais à ce que des racines rien n’enpuisse rebourgeonner, pour prendre nou-velle vie ; peu avant l’arrivée de la prime-vère , avant la fin du mois de Février, uneseconde oeuvre y sera donnée, et ce avecle soc à deux aureilles et coutre ordinaire,pour commencer d’emmenuiser les mottesja demi cuites par les gelées et froidures.
De là en avant, sans autre regard que duloisir , conviendra labourer le lieu fortsouvent, x’éitérant la culture en travers eten long, en tout temps , froid et chaud(toutes-f ois non trop humide) jusques à ceque finalement la terre se réduise enpoudre, la motte estant toute consumée.
Par le seul travail des bestes comment "La mainqu’on puisse labourer, celanesepeutpar-fàictement bien faire, qu’il ne reste desmottes de terre endurcies comme piei’re :d’autant que le soc passant près des mottes,au lieu de les briser, seulement les renver-se ou les remue d’un lieu en autre commepierres. Pour à cela remédier, est de be-soin à chacune oeuvre, liors-mis à la pre-mière, le laboureur estre suivi de certains