DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
Leur
cîuile.
grossiront et hausseront aussi par lesmottes qu’on y adjoustera , pour finale-ment venir jusques à leur proportion der-nière , ayant employé toutes les mottesdu champ, observant tous-jours ceci, quede poser les mottes à la renverse, l’herbecontre terre, comme a esté dict. Le vuidequi se trouve entre les mottes, par ne sepouvoir joindre ensemble, à cause de leurespesseur , donne suffisante respirationau feu poury faire son office : ayant ceux-ci quelque conformité avec les fourneauxà-vent, esquels l’on fond l’artillerie, oùsans rien souffler, la matière se prépareainsi qu’on désire.
A l’entour des fourneaux y aura tous-jours des hommes pour redresser lesmottes, que la violence du feu fera ava-ler, ou qui par autre occasion pourroientestre cheutes ; aussi pour rallumer le feuqui par accident seroit esteint; et à cesfins ne seront les f ourneaux abandonnés ,ne nuict ne jour , jusques à la perfectionde l’œuvre, qui pourra estre dans vingt-cinq ou trente heures , que le feu y de-meurera. La terre estant allumée , poursa couleur rouge, ressemble proprementau métal fondu dans une fournaise, ouau verre ardant au milieu d’une verrière :laquelle terre ayant une fois prins feu, nes’esteindra nullement, pour aucune pluiesurvenante j ains bruslera plus violem-ment, se sentant arrousée, à l’imitationdes fournaises des mareschaux, qu’à des-sein ils mouillent d’eau , pour renforcerle feu d’avantage. Sans artifice ne moyenle feu s’esteindra de lui-mesme au boutdu terme susdit, qu’il aura rédigé enpoudre la terre des mottes, excepté decelles qui auront servi de couverture auxfourneaux : lesquelles par n’estre resser- j
i ° 7
rées d’autres, n’auront peu estre péné-trées par le feu et partant demeurerontcrues et presques entières. En somme,autant y demeurera le feu comme il ytreuvera de matière, laquelle fournira letemps susdit, estans les fourneaux de lamesure projettée. Plus grands ou plus pe-tits pourroient-ils bien estre faicts, voiretoutes les mottes d’un grand pré se brus-leroient en un seul fourneau. Tant pluspetits sont les fourneaux , tant plus debois ils despendent, et tant plus de mottesrestent à cuire de celles des couvertures :aussi tant jdus de terre ils préparent, decelle, dis-je , qu’ils occupent en leur as-siete j et tant moins de peine a-on pourassembler les mottes ès fourneaux. Aucontraii'e , tant plus grands, tant moinsde bois ils consument., et moins de mottesdes couvertures restent à cuire : mais tantplus de peine donnent les mottes à porteret moins par leurs sièges ou bases amé-liorent-ils de terre. Ausquels en outre, cemal se treuve , que pour leur grandeur,le feu y demeure plus longuement quedes vingt-cinq ou trente heures susdites,en attendant la consommation de toute lamatière , dont la terre premièrement at-tainte du feu , par trop recuite se rendde peu de substance. Donques , puis qu’àl’expérience la mesure susdite se treuveprofitable, sans changer de dessein, nous-nous y arresterons , comme aussi à la fa-çon de ce mesnage la plus simple et fai-sable j nonobstant les imaginations deplusieurs, mesme de ceux qui y ajoustentde l’argille, comme en Piedmond, sansestre besoin s’en donner autre peine,que ce que j’en ai dict, ainsi l’ayant plu-sieurs fois heureusement pratiqué chésmoi.
O 2