DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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lui voudra commettre. Ceste considéra-tion n’a pourtant lieu indifféremment par-tout, ains seulement ès terroirsqui d’eux-mesmes sont fort fertils, car ès légers, dèsla première année les froments profitenttrès-bien. En somme, ce sera autant d’an-nées qu’on chargera ceste terre , que safaculté le permettra , désistant lors de lafaire travailler, qu’on l’appercevra des-cheoir de sa fécondité : laquelle dure plusen un endroit qu’en un autre, selon lefonds et le climat. Alors sera le temps deremettre le champ en prairie, si ainsi l’avésdélibéré, sans attendre que par trop longtravail, la substance en soit du tout es-puisée ; à telle cause faisant cesser le la-bourage pour le redresser en pré , selonl’art. Si le voulés continuer en labourage,faire le pourras en le gouvernant àlafaçonde vos autres terroirs à grains , dont tire-rés contentement pour sa facile culture etbon rapport, qualités à lui acquises parpropriété l’ordre susdict. Non seulement telle terrecuitteetainsipréparée enrichira sonfonds,mais aussi amendera - elle de beaucoupquelque partie des champs voisins , si ony en faict porter comme fumier, ce qu’onfera sans tare du fonds , en y allant mo-dérément. Le meilleur toutes-fois seroit,la commodité du charroi le permettant, defaire brusler les mottes sur la terre mesmequ’on désire amender, et là les portercrues , afin que le fonds se ressente de lafaveur du feu. De ceste subtile terre,comme d’exquis fumiers, toutes sortesd’arbres fruictiers seront resjouis , si onleur en donne au pied : comme aussi ser-vira de beaucoup aux artichaux , asper-ges , bazilles , câpres , et à toutes autresprécieuses plantes de jardin.
L’ignorance d’aucuns a faict rejetter
de la terrecuitte.
telle façon de deffricher , pour la cherté . comidim-
1 f * y * /tons et con -
de 1 ouvrage, attendu que c’est à bras dissions toud’homme qu’il se faict, sans aide d’ 3.U" /richement. "cune beste : pour la quantité du bois quis’y brusle : et pour le doute que tel terroirainsi manié , ne puisse demeurer longue-ment en bon estât , cuidant sa vertu seconsumer par le feu, toute à la fois. Il ycourt vraiement de la despence, mais voicid’où elle sort. Les foins et autres herbagesse mesnagent, d’autant qu’ils sont serrésavant qu’on rompe le fonds, les foins fau-chés , ou les autres herbages mangés dansle mois de Mai que ce deffrichement secommence , ce qui paye une bonne partiedes frais : et l’autre se prend bien large-ment sur le revenu de la première cueil-lète, qu’elle rend bon , dès le commence-ment, sans se faire attendre. Ainsi la des-pence et du rompre et du bois, se rem-bource bien, et tostj ce qu’on ne peut diredes frais , quoi-que petits , qu’il convientfaire par l’autre voie de deffricher, parlesraisons représentées. Quant à la craintede courte durée, ceux qui ne l’ont expéri-menté , seulement ont ceste opinion dou-tans en vain d’une chose toute asseurée :car tout labourage ainsi préparé, demeureassés fort et vigoureux , pour servir au-tant longuement qu’on le sçauroit dé-sirer : pourveu que suivant l’oracle an-tique , Ne tire toute ea graisse duchamp, soit mis au rang des bonnes ter-res pour selon son mérite, ceste-ci estregouvernée à la manière portée par les loixdu labourage, et au cultiver et au reposer.
Ces choses contre-pesées , nostre père-de-famille préférera le deffricher au feu,à l’autre manière, si la trop grande chertédu bois ne l’en destourne : seule excusequ’il puisse avoir. Et pour fin, quelle