SECOND LIEU
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cornes, pour estre retenue ès descenteset valées , le fardeau de laquelle sortiroithors du pouvoir des beufs, si elle estaittirée au col. Les Savoisiens ont mis fin àtelle dispute, faisans tirer leurs beufs , etpar le col et par la teste tout à la fois, enleur accommodons deux jougsen ces deuxendroits-là du corps, ainsi ont-ils entiè-rement le service de telles bestes avec l’a-plaudissement d’un chacun. Or soit à lateste ou au col, ou à tous les deux en-semble que les beufs tirent, le plus dou-cement qu’on les peut mener , c’est tous-jours le meilleur (12).
Ne ,rop Quelles doivent estre choisies toutes*ma]’ e Z‘ r ° J ’ sortes de bestes de labourage selon leursespèces : quelle leur mangeaille : com-ment dressés leur logis et estables : com-ment gouvernées pour en tirer service,sera discouru sur le propos de la nourri-ture du bestail. Ici je dirai, que comme lamaigreur du bestail de labourage, dé-note la nonchalance du laboureur à ne letraicter comme il est requis $ aussi leurtrop de graisse , manifeste sa paresse àtravailler ; à raison de laquelle le bestaill’acquiert par séjour : les deux au détri-ment du père-de-famille, ne pouvant avecbestail trop maigre ou trop gras , faire àpropos son labourage. Mais seulementcomme il appartient, de celui qui par tem-pérament de l’un et de l’autre, est rendudispost au travail et non trop sujet à semorfondre et prendre mal. Le naturel dela chevaline et de la muletaille, est, qu’es-tans bien traictées au soir, et repaissans àla disnée, d’employer le reste du jour aulabourage , comme en voyageant : celuiclu beuf n’est de mesme, ne souffrant silong travail, ce que outre son pas lent lefaict postposer aux susdites bestes. Mais
pour faire avancer besongne aux beufs ,on en entretient deux couples pour un dechevaux ou mules , et cela est sans seconstituer en plus grande despence. Caril est tout notoire, que deux beufs nemangent plus qu’un mulet 5 et deux mu-lets , qu’un cheval : ainsi par degrés onpeut mesurer la despence du bestail de la-bourage, pour en ordonner selon ses provi-sions (1 3 ). Et si bienne voulés mettre deuxpaires de beufs en chacune charrue , ainsseulement une , un seul homme ne lais-sera pourtant de mener deux couples debeufs séparés ( ainsi qu’heureusement cemesnage se pratique en plusieurs lieux)assavoir une despuis le grand matin jus-ques à unze heures , et l’autre despuismidi jusqu’au soir : liors-mis ès grandeschaleurs, qu’il faut du tout éviter à lestravailler, pour le profit commun des ou-vriers et de l’ouvrage : mais seulement la-bourer les matinées et vesprées. Et pour-veu que le laboureur ait un garçon pourlui emmener et ramener ses beufs esditesheures, et lui et les beufs auront du loisirasséspour repaistre, dont la besongne s’a-vancera très-bien ; car sans perte aucunede temps toute la journée s’employera àsouhait. Observation remarquable pourle bien du labourage , à laquelle tout bonmesnager visera pour la pratiquer. Car iln’est pas ici question seulement de bienlabourer, mais il y faut ajouster le beau-coup , si on veut avoir honneur et profitde ce négoce. Ce qu’encores mieux il fera,s’il est pourveu de bonne quantité de pas-turages , pour pouvoir entretenir grandnombre de bestes de labour, selon la pra-tique de la Camargue , ci-après monstrée.Quant au labourage des vaches, il dépendaussi de la viande, pour en nourrir un
liien etbeaucoup la-bourer.