Band 
Tome I.
Seite
122
JPEG-Download
 

122

SECOND LIEU

dhumeur quelle a , sen va en exhalai-son, dont elle a faute par-après pour sonentre tellement, et restant loihle, ne peutsatisfaire à son devoir, comme a esté dict.Et de faict, il faut bien confesser y avoirquelque grand destrac au labourage de laplus-part des bons fonds , veu que leurrapport ne respond ni à leur qualité, nià la peine quon prend à les labourer :car communément ils ne rendent plus deblé, ne quelques-fois tant que plusieurs demoindre valeur , encores légèrement la-bourés. Lequel destrac , lapparence estgrande procéder de telles œuvres, impor-ténument données, remarquées et défen-dues par les Anciens. Lexemple de beau-coup de lieux nous confirme à cela ; spé-cialement se preuve par les grasses terresdOrange, et par les maigres de leur voi-sinage du pays de Vivarès, ma patrie ,et celles- estans labourées durant tout

Observa-tions lou-chant Unombre desœuvrrs queVon donnecommuné-ment àterre.

lesté sans interruption; et celles-ci, ja-mais ès extrêmes chaleurs, sans la fa-veur de la pluie. Ainsi, pour bien con-duire nostre labourage, ne faut tenircontedes petites pluies des mois de Juillet etdAoust, ne faisans que mouiller la su-perficie de la terre, mais très-bien de cellesqui la pénètrent avant, labbreuvant enabondance : la commodité desquelles nefaut laisser perdre, mais employer avecdiligence.

Es provinces lon met quatre, cinq,ou six bestes à la charrue à roues, faisantdes profondes raies en labourant, sem-blables à petits fossés, on se contente deu donner aux tares deux ou trois œuvresavant lensemencement, dont elles sontmises en bon estât, par en telle façon re-muer un bon pied de terre : mais lonnemploye quun couple de bestes au soc,

il y faut passer cinq, six ou sept fois etdavantage, selon la portée du fonds, afinde faire à la longue et sans importun tra-vail , ce que les autres font en deux ou troisvenues. Telle pluralité dœuvres donnéesaux terroirs pour les rendre fertils, nestchose nouvelle. Pline rapporte que deson temps en la Toscane on en bailloitaux terres de labourage quelquefois jus-ques à neuf : ce qui saccorde à la façondes bons laboureurs de la Provence, duLanguedoc , du comté de Venaissin , dela principauté dOrange, qui en certainsendroits , viennent jusques à tel nom-bre. Pour plus commodément labourer lechamp, sera besoin le diviser en plusieursespaces et portions , quaucuns appellent,versanes et valées, sans toutes-fois y faireautre séparation que par imagination ; les-quelles on fera de la longueur de deuxcens pas, peu plus ou moins. Ainsi ayantle bestail leur ouvrage limité, travaillerade meilleure volonté, que sij>ar faute detel ordre, estoit contraint tirer tout dunetraicte , dun bout du champ à lautre:ses-jouissans lors quils se voyent prèsdu bout de la raie, pour le repos quils yprennent, pendant que le laboureur des-charge le soc de la terre qui sy attache.Telles divisions au champ ne sont perpé-tuelles, ains sy font alternativement, endivers lieux, par années, lune en un en-droit, et la suivante, en un autre : dau-tant que la terre portée par le soc sem-moncelle au bout de la ligne, le labou-reur se retourne, si quà la longue la terresy rehausseroit par trop : mais estant es-cortée par champ, il en demeure plus uni,et se ressent aucunement de la bonté detelle terre , qui tous-jours est de la meil-leure , la mauvaise ne sattachant com-