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SECOND LIEU
d’humeur qu’elle a , s’en va en exhalai-son, dont elle a faute par-après pour sonentre tellement, et restant loihle, ne peutsatisfaire à son devoir, comme a esté dict.Et de faict, il faut bien confesser y avoirquelque grand destrac au labourage de laplus-part des bons fonds , veu que leurrapport ne respond ni à leur qualité, nià la peine qu’on prend à les labourer :car communément ils ne rendent plus deblé, ne quelques-fois tant que plusieurs demoindre valeur , encores légèrement la-bourés. Lequel destrac , l’apparence estgrande procéder de telles œuvres, impor-ténument données, remarquées et défen-dues par les Anciens. L’exemple de beau-coup de lieux nous confirme à cela ; spé-cialement se preuve par les grasses terresd’Orange, et par les maigres de leur voi-sinage du pays de Vivarès, ma patrie ,et celles-là estans labourées durant tout
Observa-tions lou-chant Unombre desœuvrrs queVon donnecommuné-ment àterre.
l’esté sans interruption; et celles-ci, ja-mais ès extrêmes chaleurs, sans la fa-veur de la pluie. Ainsi, pour bien con-duire nostre labourage, ne faut tenircontedes petites pluies des mois de Juillet etd’Aoust, ne faisans que mouiller la su-perficie de la terre, mais très-bien de cellesqui la pénètrent avant, l’abbreuvant enabondance : la commodité desquelles nefaut laisser perdre, mais employer avecdiligence.
Es provinces où l’on met quatre, cinq,ou six bestes à la charrue à roues, faisantdes profondes raies en labourant, sem-blables à petits fossés, on se contente deu donner aux tares deux ou trois œuvresavant l’ensemencement, dont elles sontmises en bon estât, par en telle façon re-muer un bon pied de terre : mais où l’onn’employe qu’un couple de bestes au soc,
il y faut passer cinq, six ou sept fois etdavantage, selon la portée du fonds, afinde faire à la longue et sans importun tra-vail , ce que les autres font en deux ou troisvenues. Telle pluralité d’œuvres donnéesaux terroirs pour les rendre fertils, n’estchose nouvelle. Pline rapporte que deson temps en la Toscane on en bailloitaux terres de labourage quelquefois jus-ques à neuf : ce qui s’accorde à la façondes bons laboureurs de la Provence, duLanguedoc , du comté de Venaissin , dela principauté d’Orange, qui en certainsendroits , viennent jusques à tel nom-bre. Pour plus commodément labourer lechamp, sera besoin le diviser en plusieursespaces et portions , qu’aucuns appellent,versanes et valées, sans toutes-fois y faireautre séparation que par imagination ; les-quelles on fera de la longueur de deuxcens pas, peu plus ou moins. Ainsi ayantle bestail leur ouvrage limité, travaillerade meilleure volonté, que sij>ar faute detel ordre, estoit contraint tirer tout d’unetraicte , d’un bout du champ à l’autre:s’es-jouissans lors qu’ils se voyent prèsdu bout de la raie, pour le repos qu’ils yprennent, pendant que le laboureur des-charge le soc de la terre qui s’y attache.Telles divisions au champ ne sont perpé-tuelles, ains s’y font alternativement, endivers lieux, par années, l’une en un en-droit, et la suivante, en un autre : d’au-tant que la terre portée par le soc s’em-moncelle au bout de la ligne, où le labou-reur se retourne, si qu’à la longue la terres’y rehausseroit par trop : mais estant es-cortée par champ, il en demeure plus uni,et se ressent aucunement de la bonté detelle terre , qui tous-jours est de la meil-leure , la mauvaise ne s’attachant com-