DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
fonds reste par-après très-aisé à labourer}et fort fertil avec , raesme à raison dumeslinge des terres vieille et nouvelle ,lui donnant nouvelle vigueur. Pourveutoutes-fois , qu’on ne profonde tant qu’onen sorte la terre amaire, ains convient yaller jusques là retenu , selon la propriétédu terroir. En lieu pierreux, cela ne sepeut faire avec la pelle ferrée, qu’on ap-pelle en France besse, et en Languedoc ,luchet, ains au lieu d’icelle l’on employéle hoyau, avec utilité, le rencontre despierres ne l’empescliant d’enfoncer à suf-fisance. Et soit ou avec le luchet ou avecle hoyau, ne faut prendre la peine de sor-tir la terre du profond à l’aer avec la pellecommune, ains se doit-on contenter dedesrompre le terroir, en le meslingeant,comme a esté dict. Et à ce que commodé-ment l’on puisse faire ce mesnage, quin’est de petite despence , le général duterroir est desparti en dix ou douze por-tions esgalles, pour en gouverner ainsiune par chacune année : à ce que finale-ment , tout le domaine demeure au su-perlatif degré de bonté, selon sa natu-relle suffisance. C’est que par ce moyen,estant mise en évidence toute la force duterroir , aucune portion n’en demeuranten arrière comme auparavant, le fondsen fructifie abondamment. S’il semble aupère-de-famille telle réparation estre troppénible, en se contentant du quart desfruicts de la première année, la fera fairepar autrui, sans se mesler de rien, commel’on faict à Loriol en Dauphiné, et autresendroits d’icelle province. Condition ,tout bien compté , treuvée raisonnable ,veu l’abondance du blé sortant de cest ar-tifice, excédant de beaucoup le précédentport du terroir, qui en estant accommodé
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pour jdusieurs années, reste nettoyé deses immondices et empeschemens, commea esté dict : et ainsi pour néant et sansfrais , treuvera l’avoir mis en si bonestât (22).
CHAPITRE III.
Des Fumiers.
Le fumer des terres est une très-notablepartie de mesnage , estant notoire à tousceux qui font profession de manier laterre , que c’est le fumier qui res-jouit,reschauffe , engraisse, amollit, adoucit,dompte, et rend aisées les terres f aschéeset lasses par trop de travail, celles qui denature sont froides , maigres , dures ,amaires, rebelles et difficiles à cultiver,tant il est vertueux. C’est du fumier d’oùprocède celle grande fertilité recercliéepar tous les mesnagers, faisant produireà la terre toute abondance de biens , carblés, vins, foins, fruicts des jardins et desarbres par le fumier viennent richement,estant assaisonné par l’eau et convenable-ment employé. La distinction des f umiers,les lieux et les temps de leur emploi etapplication, en sont les nécessaires obser-vations. La valeur du fumier consistanten la chaleur, faict que plus il est prisé,plus il abonde en ceste qualité-là : commele moins recerchable, est le plus froid ( 23 ).Les terres humides dissolvent mieux etplustost le fumier, que les sèches : pourlaquelle cause, à celles-là baillerons-nousle fumier plus chaud, qu’à celles-ci ; les-quelles pour leur siccité, n’en peuventfaire pénétrer la vertu beaucoup avantdans terre : et encores regarderons-nous
Ses effects.