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SECOND LIEU
voire mesme attendrons-nous le secoursdes prochaines pluies , car icelui défail-lant, on ne doit entreprendre de fumeriesterres maigres et légères. Or puis qu’il estnécessaire d’ajouster l’humidité au fu-mier , pour le faire valoir, à bonne rai-son en ce mesnage prélère-on l’hyver, auprintemps ; et le printemps , à l’esté. Lesterres qu’on ensemence de blés hiver-naux , seront fumées dès l’automne ; etdès l’hyver celles où l’on désire mettre desblés printaniers ; par ce moyen l’humiditédes saisons dissolvant les lumiers, en faictpénétrer la substance dans la terre , augrand profit du fonds , qui en rend abon-dance de fruict. Aussi , par mesme rai-son , donnerons-nous plus de fumier à laterre humide, qu’à la sèche. Lasèche serafumée souvent, et peu à la fois ; afin qu’àla longue elle se puisse engraisser, et parconséquent humecter. Ainsi les terres au-ront la quantité de fumier requise pourl’accroissement des fruicts , et non pourles estouffer , comme cela aviendroit, sisans discrétion on leur en bailloit par tropà la fois.
Fumier de Le premier et meilleur de tous les fu-
°'° n ' miers, desquels l’on puisse faire estât, est
celui du colombier (24), pour sa chaleur,qu’il a plus grande que nul autre, dont il estrendu propre à tout usage d’agriculture,de telle sorte, que peu, profite beaucoup :mais c’est à condition , que l’eau inter-vienne tost après pour corriger sa force ,autrement il nuiroit plustost qu’il ne pro-fiteroit, attendu que seul, sans estre tem-péré d’humidité, brusle ce qu’il touche.C’est pourquoi, autre saison n’y a-il pourson application, quel’automne etl’hyver,le printemps estant suspect, pour la pro-ximité de l’esté. Le fien de toute sorte de
volaille vient après , hors-mis de l’aqua-tique, comme canards, oyes, cygnes, etautres, qui pour leur grande froidure nesont d’aucune oubien petite utilité ( 25 ) : eten suite celui des moutons et brebis, chè-vres, chevaux, mulets, beufs , asnes,pour-ceaux , qu’on augmente avec des pailleset fueilles servans de litière au bestail.Les Anciens ont faict grand cas du fien del’asne , mesme Palladius , qui le met aupremier rang pour les jardins, d’autantque telle beste mange fort lentement, etpar ce moyen digérant bien la viande, enrend le fumier qualifié en perfection. Plu-sieurs conseillent ne mesler les fumiers,ains les renger à part par espèces sépa-rées , et après les employer selon leurspropriétés. Cela se faict aisément de ceuxdu colombier, du poulallier, et de la ber-gerie ; mais des autres, la chose ne se peutaccommoder, pour la difficulté de telledistinction. Parce qu’estant tout l’autrebestail presque logé ensemble en establescontiguës, leurs fumiers se meslent èslieux, où des estables sont portés reposer.Aussi telle pénible curiosité n’est nulle-ment nécessaire, voire plustost nuisible,d’autant que bons ne peuvent faillir d’estreles fumiers de diverses sortes de bestes ,unis et saisonnés en un corps, les uns fai-sans valoir les autres : ce qu’on ne peutdire des séparés , dont s’en treuve de peude valeur. Les plus pourris et menus, se-ront employés aux prairies des-jàfaictes,et aux jardins : les moyens, aux terres-à-grains, et vignes : et les plus grossiers ,aux prairies que vous faictes de nouveaupour estre incorporés avec la terre ; afinde produire, par leur crudité, abondanced’herbes. Vos fumiers seront charriés èsterres-à-grains dès le commencement de
De la pou-laille,
et
du bestail àquatre pieds.
Distinctiondes fumierspour leuremploi.