DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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Cendres tpoussières ;et autres fu-miers.
Pline la prise beaucoup, estant de sontemps en grande réputation, affermantsa vertu durer trente ans en terre , sansy en remettre de nouvelle. Elle est fortcogneue en l’Isle de France, en laBeausse,Picardie, Normandie , Bretaigne et autresprovinces de ces contrées-là. Cen’estautrechose qu’une mine de terre, endurcie pres-que comme pierre , laquelle on cavequcl-ques-fois fort profondément dans terre.Selon les lieux elle est colorée : en aucunselle est blanche, en autre grise ou rousse.Estant sortie de la fosse on la met sur lechamp en petits monceaux despartis,ainsi que fumier , pour y estre fuzée ,comme chaux, par le soleil, la pluie, lefroid ; dont elle se dissoult et réduict enpoudre dans quelques jours : puis esparseet incorporée en modérée quantité avecla terre , l’eschauffe très fort, voire detelle sorte, que pour le premier an, lesblés n’y profitent guières, par trop de cha-leur et graisse, les faisans verser à terre :mais celui d’après et les suivans , dix oudouze, plus ou moins, selon la valeur dela marne , sans y en ajouster d’autre, lefonds s’en ressent merveilleusement, avecgrand avancement pour les blés (28).
Les cendres des buées, celles des four-naises à tuilles , à chaux, à charbon : lespoussières des chemins, les reliefs desbastimens n’y ayans trop de pierres, lesscieures des arbres , les immondices desprivés, esviers, esgousts et cloaques, lesbalieures de la maison et basse - court :toutes sortes de despouilles de jardin,comme troncs de choux, les fueilles sèchesdes melons, concombres, courges, cossatset pailles de fèves, pois, moustarde etsemblables choses : comme aussi le marcdes raisins , après en avoir exprimé et le
Théâtre d’Agriculture, Tome I.
vin et le trempé. En somme, tout ce qu’onpeut ramasser de nul prix , dedans et au-tour de la maison, sert à augmenter lesfumiers , estant mis avec eux et meslé en-semble. A la vigne sert de bon fumier ,les cimes et tendres jettons de bouis ,voire et aux oliviers, et à tous autres arbresfruictiers. Aussi engraisse la vigne le foinà demi pourri, estant là utilement em-ployé , quand par inconvénient il ne s’ap-preste bien sur le pré, ou que le bestail nele veut manger, pour estre trop grossier,comme celui des palus et marescages : enautre endroit, de mesme sert-il, estantmeslé avec les susdictes matières, et avecelles, pourri et saisonné ainsi qu’il ap-partient (29).
Quant au poinct de la lune , auquel lesfumiers, doivent estre mis en terre pours’en servir , ne quels fumiers , récens ourances, sont les plus à priser , ne s’enpeut faire grand jugement : n’estimant àce mesnage, meilleur le croissant que ledécours de la lune , ne généralement lesvieux que les nouveaux fumiers, commeaucuns veulent. Qu’aussi telle distinc-tion ne se peut commodément pratiquer enceste négoce rustique, pour avoir lepère-de-fàmille tant d’occupation au cours deses affaires, qu’en cest endroit il ne setrompera nullement, distribuant ses fu-miers comme ci-devant est monstré, ens’assujettissant au temps de leur applica-tion , qui est devant ou dans l’hyver : à ceque l’humidité de la saison en face péné-trer la substance dans la terre , pour ga-rentir les fruicts , des chaleurs et séche-resses importunes 3 si d’aventure le prin-temps se rencontre avec peu de pluie ,d’où souvent avient à l’arrivée de l’estéles orges , avoines et légumes estre suffo-
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Tempsd'employerles fumiers ,•et quels sontles meilleurs,les vieux eules nouveaux.