DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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De trois en trois ou de quatre en quatre ans ,
De remuer la semence il est temps :
Et si poursuis le bien de ce mesnage,
Sur tes voisins gaigneras l’avantage.
En ce changement remarquerons - nouspour bon mesnage, la mutation d’uneespèce de blé en autre $ de froment enseigle j de seigle en froment, et ainsi desautres. Comme, ayant nostre terre por-té quelques années du froment, donnés-lui par-après, du seigle j et en suite del’orge, de l’avoine , des légumes ; dont ti-rerés profit, pourveu que le fonds s’y ac-commode , selon qu’en quelques endroitss’en rencontre, qui tempérés d’argille etde sablon, souffrent porter alternative-ment ces diverses espèces de grains (3i).Ce poinct donques avec bonne raison ,sera retenu pour nécessaire maxime, dechanger de semence de trois en troisans , ou de quatre en quatre. Prendredu blé de vostre voisin pour semer, n’estle changement que j’entens, car ce seroittous-jours en revenir là, que de semercomme du vostre propre : mais le faut en-voyerquérirloin devous, une oudeuxjour-nées, afin que la diversité de l’aer voussatisface encestendroit. Chacune provincea ses particulières observations là dessus,ayant par longues expériences, remar-qué les endroits d’où les semences sontles plus profitables ; à quoi se faudra ar-x ester. Comme par exemple, despuis Lyon jusqu’à la mer Méditerranée , comprenanttrente ou quarante lieues en travers,les semences qui montent sont les meil-leures ) c’est à dire, prinses du midi, pourestre portées au septentrion. Es environsde Paris , le changer de semence est aussitreuvé profitable , par la pratique desmeilleurs mesnagers : avec mesme obser-
vation du monter que la susdite. Mais cemonter-là, se prend au regard des ri-vières , qui en ce pays-là, descendent versla Normandie et environs (32). Ainsi desautres, chacun pays en ce tant importantarticle de mesnage, tenant pour loi invio-lable, ses profitables coustumes. Et dequelque part qu’on tire les semences, fauttous-jours regarder que ce soit de terremaigre, pour les loger en terre grasse :ou pour le moins, en terre de semblablesuffisance, car de les mettre en pire, leprofit en seroit douteux : se voyans tousles jours, les plantes arrachées en lieumaigre, s’accroistre très-bien en gras; etau contraire, ne faire que languir, trans-plantées de fort en foible terroir. En outre, ç MÎliide quelque espèce de blés que ce soit, dub " n e ra ‘"-pour semence, en choisirés le grain bienmeur, fort pesant, de belle couleur, nonlangui ne ridé, car ainsi bien qualifié,ne pourra faire que bonne fin. Telle cu-rieuse eslection ne se peut exactementfaire, tirant la semence d’ailleurs que dechés vous, aussi n’en estes-vous contraintchacune année. Parquoi, lors qu’il escher-ra d’en venir au change , faudra recevoirla semence telle que la treuverez j toutes-fois de l’endroit qu’il appartient, la con-vient choisir, et la plus approchante devostre intention que faire se pourra : maisès autres années sera à vostre liberté d’ypourvoir à souhait. Lors destinerez pour Cholsir lasemence, les blés parcroissans en vos plus honne '*■
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maigres terres , peu ou point fumées , etqui n’ayent esté en herbe, ne tondus, nemangés par le bestail : les laisserez meu-rir en perfection : estant moissonnés, toutaussi tost seront battus ou en la grange ouenl’aire,et ce fort légèrement, sans vio-lence , afin d’en tirer le blé le plus meur,
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