DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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n’en garde que pour semence. Ladroictesaison des autres orges, pour estre misen terre, est après les froidures de l’hy-ver. Aucuns néantmoins en font en l’au-tomne, mais c’est avec hazard d’estretués par le prochain froid : joinct ce mau-vais mesnage, que communément l’on neloge tels grains en terre de relais (commeil conviendroit faire les semans si-tost)ains en celle qui ayant porté ou du fro-ment ou du seigle, pour sa bonté encorestelle année reçoit de l’orge au printemps.Tels orges sont communément appelléspaumés ou paumoules. Il y en a de di-verses espèces, dont les aucunes ont plusde deux rangées de grains en leurs espis.Ils profitent bien, ayans le fonds et letemps propres à leur naturel : qui est terreplus légère, que pesante, plus sèche ,qu’aquatique j grasse, bien fumée, facileà labourer : et qu’en la primevère soit ar-rousée par fréquentes pluies ; lesquellesdéfaillans , ne faut beaucoup espérer desorges. S’ils ne gastentla terre, à tout lemoins la dessèchent-ils bien tant, que cequi y est mis eh suite s’en ressent beau-coup, par- après n’y pouvant guières pro-fiter : mesme par leur grande siccité ,faschent-ils toute sorte d’arbres, quandsur leur maturité, rendent un aer impor-tun par trop de chaleur, spécialement auxjeunes plantes, dont elles sont suffoquées.C’est d’où les Anciens ont ordonné lesorges estre mis en terre si grasse , qu’ilsne puissent trop importuner; ou si maigre,qu’elle n’en peust estre empirée. Les orgessont de bon service , et pour les hommeset pour les bestes ; desquels lepère-de-fa-mille doit faire estât pour le pain du com-mun ; tant pour rendre beaucoup de fa-rine , que pour la vertu qu’ils ont d’es-Théâtre d’Jgriculture , Tome I.
teindre la malignité de l’ivroie : car l’orgemeslé avec d’autres blés chargés de telgrain vicieux, empesche de nuire à lateste , par telle commodité employanttoute sorte de blés , pour le pain du mes-nage , quoi-que chargés et non guièresnets ; autrement et au défaut des orgesseroit-on contraint donner tels blés sales,aux poulailles et autre bestail. D’autre-part, les orges sont très - profitables etsains à estre mangés en potage , pellés etmundés ; aussi à divers usages de méde-cine qui les rend recommandables (42).
Les millets suivent les orges , c’est àsçavoir, en utilité, servans comme eux,au vivre des hommes: non quant au tempsdes semences, veuqu’entre-deux convientfaire les avoines. Les millets sont fortpropres à la mesnagerie, tant pour estremangés en pain faict de ce seul grain,cuit, ou au four, ou en l’eau bouillante,en potages pellés et mundés comme lesorges, que meslés avec l’autre blé de l’or-dinaire : lesquels en temps de famine oude cherté , sont de grand secours aupauvre peuple ; et tous-jours nécessairespour la nourriture de la volaille. Ayantle fonds et la saison à commandement,qui sont terres bonnes , bien labourées ,et fumées , et souventes-fois arrouséespar les pluies de l’esté , multiplient es-trangement : ce qui leur a imposé le nomde mil ou millet ; comme voulant direque d’un en procèdent mille, aussi void-on souventes-fois de peu de poignées desemence de millet en sortir plusieurscharges. Il y a diverses sortes de millet,nommées aussi diversement, selon lescontrées où l’on est. Les plus prisées etprincipales, sont celles qui ont le grainrond et jaune , qu’on appelle seulement,
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MilUt-