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SECOND LIEU
Puis-que de ton labeur tu veux et gain et los ,Despendre à ton terroir convient bien à propos.
Semencesdu prin -temps.
La qualité de chacune espèce de blé,sa propriété particulière , et quels fondselle désire, ont ainsi esté représentés ,aussi comment doivent estre accommodésen terre ; ayans, comme dict est, les prin-taniers cela de commun avec les hyver-naux, que d’estre gouvernés de mesmequ’eux. Parquoi évitant redite, ici seraseulement parlé du temps qu’on doit faireles semences de la prime-vere, appellées,les mars } et en plusieurs endroits, tran-sailles et arrerailles.
Ce mot transailles , tiré du verbe latintranserere , signifie resemer et replanter,en cest endroit prins pour toutes sortes deblés mis en terre au printemps : qui estla seconde saison de l’année pour les se-mences, en laquelle les terres, qui la pré-cédente cueillete et dans la mesme an-née , ont porté des blés d’hyver , sontcommunément resemées : sur lesquellesterres, pour leur fertilité, les transaillessont faictes. Ou bien sur celles qui ayansesté semées en l’automne, et dont le bléen aura esté tué par l’hyver, on est con-traint pour en tirer rapport, y resemerde nouveau , non des blés hyvernauxcomme auparavant , en estant la saisonpassée ; ains des printaniers, desquels estprésentement question. Quant aux mots,maj'sés et tremés , l’un procède du moisde Mars, dans lequel, pour tous délais,telles semences se font : et l’autre , de ceque dans trois mois, elles sont moisson-nées , ne demeurans en terre que durantce temps-là. Columelle , Palladius etautres Anciens , tiennent pour erreur ,d’estimer y avoir des particulières se-mences de blés marsés et tremés, asseu-
rans tous blés profiter plus semés en l’au-tomne, qu’au printemps. Et que la né-cessité provenante de ce que quand com-modément on n’a peu faire les semaillesd’automne à temps , ou ont esté tuées parles froidures de l’hyver, on les faict auprintemps : en quoi eux-mesmes se dé-çoivent; car c’est chose asseurée y avoireu de tout temps du blé de trois mois ,voire de deux , et de quarante jours avec ;selon le tesmoignage de Pline , telle se-mence par les Grecs estant appellée, tri-menos : mesme l’ordinaire expériencemonstre , qu’à peine les orges peuventsouffrir les froidures. C’est pourquoi avecraison, et selon l’immémoriale pratique,on laisse passer les mauvais temps del’hyver, avant que de loger les transaillesen terre.
Pour le temps donques de faire lestransailles, ceste distinction est néces-saire , que si vostre lieu est chaud , lefroment appellé primavo , ou marzol,le seigle tremeze , et l’orge paumé, se-ront semés sur la fin de Décembre , ouau commencement de Janvier ; si tem-péré , à la fin de Janvier, ou au commen-cement de Février : si froid , pour tout lemois de Mars : lesquels blés seront in-continent suivis des avoines. Touchantles légumes, ceux qui n’auront esté se-més en l’automne , le seront incontinentaprès Noël , faicte au préallable la géné-rale etsusdicte distinction pour toute sortede blés , desquels les fèves veulent mar-cher les premières, puis les pois, et con-séquemment les autres légumes, commelentilles, fazeols, geisses, vesces , orobesou ers, ciches, lupins, de diverses figureset noms, bons à manger , et pour leshommes et pour les bestes : desquels les