DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
et couppe des millets, sera bien avisé lepère-de-famille de ne s’amuser à fairebeaucoup de millets, si quelque bonneoccasion ne le pousse, comme pourroientestre les fréquentes pluies de l’esté , et lararité de la générale cueillète de la sai-son; au défaut de laquelle, quelques-foistrès-opportunément les millets suppléent.Et s’il lui est possible, qu’il ne face desmillets autrement, ni ailleurs, qu’en lamanière susdicte. Au contraire, ne pourratrop faire de la sorte des blés qui en-graissent le fonds, pour la double utilitéde ce mesnage : sur-tout s’ils rencontrentbien en son terroir, et leur débite estfacile (4$).
C’est une très-notable partie du gou-vernement des blés, que le sarcler oues-herber, laquelle obmettant ou négli-geant , la moisson monstrera évidem-ment la paresse du laboureur, à sa honte :ne pouvant jamais faire bonne fin le bléenveloppé de meschantes herbes, ni estremoissonné à propos, les chardons et sem-blables plantes , picqnans les mains desmoissonneurs. La terre bien cultivée es-pargne beaucoup de peine au sarcler desblés, d’autant qu’elle pousse et avancefort les bonnes semences, lesquelles ayansgaigné terre dès leur naistre, ne donnenttant de lieu aux meschantes herbes, quesi estant mal labourée, entretenoit lesblés en langueur. Mais aussi quelque-bien
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maniée qu’elle soit, tous-jours parmi lesbons blés s’accroissent quelques herbesnuisibles, et tant plus, que le printempsaura esté pluvieux : lesquelles herbes denécessité convient oster , avec autant decurieuse diligence , qu’on désire en avoirdu contentement. Et qu’on ne se flate encest endroit, car par ce trou l’eau se perd,avec très-grand intérest: estant ce , semoquer, et de la terre et de sa culture ,que faillir en si beau chemin. On espieradonques soigneusement le temps de cemesnage, afin de ne le laisser inutilementescouler. Ce sera lors le poinct de com- Temps demencer a sarcler les blés , qu on s apper-cevra les meschantes herbes estre ja par-creues avec icelui : car de les prendre tropjeunes, ne lespourroit-on aisément toutesdiscerner d’avec les bonnes plantes, dontil y auroit danger d’arracher du blé avecelles. Comme aussi d’attendre qu’ellessoient du tout agrandies, le blé en pour-roit estre estouffé, ou du moins renversépar terre en les allans séparer d’avec lui.D’ailleurs, que par telle attente, grai-nans telles meschantes plantes, ce seroiten sallir le champ pour l’année d’après.
Le temps de ce mesnage ne se peut jus-tement restraindre à aucun terme, celaprocédant et du climat et du fonds quiavancent et reculent ceste oeuvre. Les
». Opinions
Anciens ont eu diverses opinions sur le Amu-a,sarcler, les aucuns tenans les blés n’estre wnullement sarclables , attendu que leursracines en sont descouvertes ou couppées:et les autres ne se pouvoir passer de telleoeuvre pour parvenir au poinct requis. Cesdiversités d’avis ont produit diverses fa-çons de sarcler les blés, et en divers temps.
Aucuns pour ce faire remuoient la terreet après en recouvroient les racines des