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SECOND LIEU
blés, et ce par deux fois, l’une devant etl’autre après l’hyver. Autres, sans nul re-muement de terre, l’hyver estant passé ,se contentaient d’en arracher les mau-vaises herbes , comme nous faisons au-jourd'hui. Il est tous-jours requis que laterre soit humectée par quelque précé-dente pluie , avant qu’y aller pour sar-cler ; afin d’en sortir les pernicieuses ra-cines, ce qui commodément ne se peut fairela terre estant sèche ; d’autant que les ra-cines des malignes herbes se couppentdans terre cuidant les en tirer , dont re-jettent à foison, d’une plante en sortansplusieurs à la venue de la pluie. C’estou-vrage de menu peuple, que le sarcler,auquel femmes et enfans travaillent uti-lement , n’y ayant autre chose à fairequ’à arracher les herbes avec la mainseule, ou à l’aide de quelques petitesfourchetes : desquelles herbes n’en pou-vans entièrement descharger les blés àune seule fois, on y retournera pour laseconde , voire pour la troisiesme, et enpimu,,r t somme, tant qu’il suffise : à ce que lesuî'- blésrestans seuls au champ, puissent sanscU ‘- destourbier s’achever d’accroistre et meu-rir, dontle profit qui en aviendra, récom-pensera largement et tost, le soin de cestecuriosité (49)- Pour ces raisons, toutessortes de blés requièrent l’exquis es-her-bement, mais par sur tout autre, les milset les panils, qui ne peuvent beaucoupavancer parmi les mauvaises herbes, leurnaturel les attirant , comme a esté dict,mais à leur dam. Par ainsi désirans avoirde bons mils, de nécessité les faut sarclerplusieurs fois, une seule n’y pouvant suf-fire , commenceant à y mettre la main dès-aussi-tost qu’on void paroistre le millet :car avec lui naissent les malignes herbes,
et parmi icelles se discerne apparem-ment, chose qui facilita ceste oeuvre.
Mesme souci convient avoir des lé-gumes , parmi lesquels ne faut souffriraucune herbe maligne , s’il est possible :les lupins seuls exceptés, qui n’endurentle sarcler , mourans tout aussi tost qu’ilsse sentent blessés. Les pois-ciches aussidessèchent sur terre, si on les touche lorsqu’ils sont en fleur ou couverts de rozée :pour ceste cause les faut sarcler avantqu’ils florissent, et après que les rozéesauront esté consumées par la vertu dusoleil. Une estrange façon de labourage Ttt mcientaioustoient anciennement les Piedmon- f^dmontoù
' t t provignoienl
tois à leurs blés : c’estoit de les provigner leurs blés enja grandelets et commenceans à monteren tuyau, les renversans dans terre avecla charrue, dont ils se rechaussoient denouvelle terre, se multiplians en tiges. Etbien que la charrue en arracheast quel-ques plantes , les restantes en réamplis-soient bien largement la perte. Par acci-dent telle invention vint en usage. Les Sa-lussiens et Verseillois estaient en guerrecontre les habitans de la Val - d’Oste.
Ceux-ci courans les terres de leurs enne-mis , à faute de ne pouvoir brusler leursmils et panils , pour ce qu’ils estaient en-cores en herbes et verds, les relabourèrentavec grand nombre de beufs , les renver-sans dans terre pour les dégaster , et parlà cuider affamer leurs ennemis. Mais l’é-vénement en fut tout autre ; car contreleur intention , ces blés-là , au lieu demourir, reprindrent nouvelle vie, voires’en rendirent meilleurs qu’au-paravant,par ce renversement dans terre s’y pro-vignans, et par conséquent s’augmentansen tiges, d’une en sortans plusieurs avecprofit : ce que tiré en conséquence pour
toutes