DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
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toutes sortes de blés , cest accident fut ré-digé en art, et pratiqué quatre ou cinqcens ans après ( 5 o).
Moyens de Si par la fertilité du fonds et bénéfice
remédier au •■ .t 11/ > 1*
„mi de trop du ciel vos blés s agrandissent par trop ,
tu/TuH'" en danger, versans par terre , de ne pou-voir grener : il y a deux moyens pour leurabbatre tel orgueil, c’est de les tondre ,et faire paisire au bestail, se servant aubesoin de l’un ou de l’autre. Ce remèdese doit tous-jours employer en temps sec,jamais en humide ; afin que par le trépi-gner des hommes et des bestes , on n’en-fonce la terre molle au détriment des blés.Aussi le plustost est le meilleur, afin queprenans les blés encores endormis , on nedestourne leur course, comme l’on feroiten retardant par trop. Ce sera donc de-vant Noël , ou pour plus long délai, pourtout le mois de Janvier. S’il eschcoit defaire manger les blés au bestail, que cesoit plustost à menu , qu’à gros , pour-veu que ce ne soyent pourceaux , aus-quels raisonnablement, l’entrée est tous-jours défendue, à cause du dégast qu’ilsy font, avec leur groin, fouillans indif-féremment toute terre. Despuis les se-mences jusqu’à lors , n’est requis faireautre despence à vos blés, que la susdicte :ne de là jusques à leur maturité, qued’avoir soin que les eaux des pluies n’ycroupissent jamais , ains les faire escou-ler par les vuidanges, qu’à cest effect l’onvisitera souvent, prenant garde , par cu-rer et nettoyer, que telles issues et es-gouts ne se bouchent. De ne laisser en-trer dans les terres, pendant qu’elles sontchargées de blé, aucun bestail, que lorset pour les causes dictes. Finalement, degarentir les blés , tant que l’entende-ment humain se pourra estendre , de laThéâtre d’Agriculture , Tome I.
tempeste des bruines , qui souvent lesperdent.
Les bruines ou fortes rozées du prin- , £ ' trtemps endommagent estrangement lesblés , quand sur la fin du mois de Mai,et commencement de celui de Juin, dèsune heure devant le jour, elles tombentsur les blés ja avancés approchans leurmaturité : où l’eau d’icelles arrestée, s’es-chauffe de telle sorte, par le soleil frap-pant dessus, que l’espi du blé s’en noircitde pourriture, dont peu de grain sort par-après , et encores mal qualifié , si quepresques n’en faut espérer que de la paille.
A ce mal le seul remède est d’en abbatrela rozée , avant que le soleil ait loisir del’eschauffer ; à l’exemple des fruictiers ,desquels les fruicts par secouer et esbran-ler les arbres , sont garentis de telle tem-peste. Mais en ceci gist la difficulté, qu’ilsemble ce moyen ne pouvoir estre em-ployé en cest endroit, pour la diversitédu sujet: laquelle difficulté par artifice estsurpassée , rendant la chose aisée. Deuxhommes esbranlent les cimes des blés avecun cordeau , que chacun tient d’un bout,roidement tendu au-dessous des espis ,marchant à pas mesurés l’un deçà et l’autredelà le champ , en y repassant tant defois qu’il suffise. En champ de grandeestendue les hommes seront montés àcheval : au col des chevaux l’on accom-modera le cordeau à la hauteur du blé ,et ainsi à moindre peine, satisferont àceste entreprinse. Pourveu aussi que cesoit en raze campagne, où n’y ait au-cuns arbres j car où la terre en est occu-pée, cela ne se peut faire qu’en por-tions, esquelles le champ sera desparti,en tant et telles , que les arbres le per-mettront, à ce que librement le cordeau
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