DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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craindre ne les pluies ne les froidures , lesbatre à loisir et à l’aise. Par ainsi, lesblés couppés , sont aussi-tost transportésdans la grange ; où durant l’année sontbattus petit-à-petit, selon la nécessité etvolonté, pour envoyer au moulin, ou pourvendre. Au contraire , en pays oriental etméridional , plus chaud que froid , aucoeur d’esté, l’on moissonne ; et en suiteincontinent, en l’aire à descouvert, leblé est séparé d’avec la paille , serrans etl’un et l’autre en propres greniers , avecgrande diligence.
h Ces diversités causent les divers moyens
tu , ei u dont l’on se sert à retirer les blés, car enpays froid, c’est à force de les batre aufléau: et en chaud, par le trépis des grossesbestes , à la mode ancienne de l’Orient ;comme se preuve par l’escriture saincte ,Dent . j 5. 4. en la défense de lier la gueule du beufqui foule le grain (62). Lesquelles bestesmarchans hastivement en rond, unhommeles tenant attachées avec des cordes , luidemeurant fixe au milieu du rond, commepour centre , les f’aict aller par dessus lesgerbes, arrangées en l’aire , l’espi con-tremont, tant et si longuement qu’il suf-fise. Ceste façon-ci est la mesme de l’Es-paigne, du Portugal , de l’Italie , de la Si cile et semblables contrées chaudes , pra-tiquée en Languedoc, Provence et enleur voisinage (où toutes-fois le fléau estcogneu, mais rarementemployé)etceste-là, ès autres provinces de ce royaume ,imitans l’Angleterre , l’Escosse, la Flan dre , l’Alemagne , pays froids. De repré-senter particulièrement comme l’on semanie en ce mesnage, comment l’on serreles gerbes dans la grange, la manière deles y accommoder à l’entour des muraillespour les conserver longuement, mesme
contre les rats : comment pour les mesmescauses etpour les parer des pluies, àl’aireen campagne elles sont entassées en ger-biers de figure pyramidale ou en ger-bières dextrement arrangées , ainsi quepierres de bastiment , dont se composecomme une maison massive : quels sontles fléaux, fourches, vans, ventoires ( 53 ),cribles , mesures et autres outils : quellesles bestes employées au fouler ( qu’enLanguedoc et Provence on appelle canca,des anciens Latins appellé , triturire ) sice sont chevaux , mulets , beufs, asnesou leurs femelles , quelles à ce les plushabiles , n’est possible , pour la diversitéde telles choses, chacune province ayantses propriétés. Non plus peut-on asseu-rer laquelle des deux façons est la meil-leure pour retirer le blé 5 car et le battreet le fouler font très-bien ce mesnage , sique peu de grain reste dans la paillequand l’on manie le fléau et les bestesainsi qu’il appartient. Seulement dirai-jede l’aire à recueillir le blé, que soit ou àcouvert ou à descouvert, est nécessaired’en affermir si bien le plan , que la vio-lence du batre ne du fouler n’en puisseenlever la terre pour empouldrer le blé,ains qu’on l’en retire pur et net.
Pour ce faire convient remuer demi-pied de terre avec le hoyau du lieu d’oùest question, afin d’en oster tous empes-chemens. Après y mesler dépuré argilleassés bonne quantité , incorporant bienensemble les deux terres : en applanir lasuperficie justement sans aucune pente ,en l’arrousant petit-à-petit, avec de l’eau,dans laquelle l’on aura infusé du fien debeuf, pour la garder de crevasser etfendre : et lors qu’elle sera un peu endur-cie , la batre avec un battoir de paveur ,
Ftu on detaire .