SECOND LIEU
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mesme aspect aura ce grenier - ci, quel’autre , mais un peu plus petites : qu’ontiendra fermées la plus-part du temps,pour tempérer le trop d’exhalaison dulieu. De la capacité des greniers n’estgrand besoin de parler, puis-que cela des-pend des terres de la maison qui en fontl’ordonnance. Tant y a qu’il vaut tous-jours mieux le faire grand que petit : afinde s’y manier à l’aise, nettoyans et mes-lans les grains à volonté , sans se con-fondre : et pour la mesme cause y aura augrenier, bas ou haut, des séparationsd’aix ou de piastre, faisans des récep-tacles divisés, esquels les blés se logerontn« quau- par distinctes espèces. Quant aux quaisses''“' bU ou aucuns tiennent leurs blés, elles sontlouables, en ce que le blé s’y garde fortnettement, hors des poussières, et du des-gast des rats, et chats et oiseaux, si ellessont bien faictes. D’ailleurs, posées ou enbas ou en haut, sonttous-jours fort utilesà la conservation du blé , tempérant etl’humidité du bas, et la sécheresse duhaut. Mais de tels meubles communé-ment l’on ne se sert ès pays abondans engrains : c’est seulement ès endroits oùpour leur petite moisson , les blés ypeuvent estre enfermés, pour eux aussiinventés. En outre, ce profit se tire duservice de ces quaisses, qu’escliéant defaire vente du blé qui est dans la quaisse,d’icelle puisé avec un cabas et mis sur lamesure tout doucement, s’en treuve plusque le prenant directement du monceau,estant sur le pavé , soit à la main ou à lapelle , par ne s’entasser tant de blé me-suré d’une façon que d’autre. Touchantla corruption du blé , elle est à craindreen quelque part qu’on le tienne, si on l’en-ferme mal qualifié , mesme s’il n’est bien
sec, s’y engendrans des hannetons , cous-sons, bequerus, et autres bestioles, à satotale ruine (54). A quoi convient curieu- Faut ter-sement aviser devant que le loger dans le r " Un ! ‘ ec bUgrenier, et encores plus devant que l’en-quaisser; par estre plus dangereux dansla quaisse , à faute d’aer , qu’en grenier,exposé au jour. C’est aussi chose dange- Ne fautreuse de mesler les blés provenus de di- "ZlTlZZrvers endroits, et sans distinction les loger Uiensemble, comme des censes, rentes,fermes, moulins, debtes et semblables ,sans au préalable les avoir faict séjournerpour quelque temps en lieux séparés,pour là dessus prendre avis : car, commepar contagion , ne faut qu’un peu de blémal qualifié , pour en infecter beaucoup.
Mais le mal estant ja avenu en vostre blé $ commentpour le guérir, tout doucement en faut R r a u ",Z'i tuenlever un bon pied au dessus du mon- i ui
1 . , , ce à t’infec -
ceau, en 1 escumant universellement, etporter cela en campagne , pour exposerau soleil deux ou trois jours , là l’esventeravec la pelle tant et si bien, que finale-ment l’on recognoisse à l’oeil les bestesestre mortes ou absentées, et par-aprèsle rapporter dans le grenier ; non direc-tement sur le monceau duquel l’auréstiré , ains le reposer à part pour quel-ques jours, afin d’avoir loisir de voir si lemal s’en sera du tout allé. Ceux se trom-pent qui cuident remédier à tels accidenspar le seul esventer à tout la pelle ; car,contre leur intention, cela leur cause l’en-tière perte du blé : d’autant que ces mes-cliantes bestioles ne se mettent qu’à la su-perficie, et non au milieu ni au fonds dumonceau j parquoi ainsi le remuant, onincorpore telle vermine avec le blé , dontil est entièrement infecté. Meilleure rai-son ont ceux-là qui voyans leurs blés ainsi