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SECOND LIEU
Bien pro-cédant du la-bourage.
Le princi-pal officierde la maisonest le labou-teur.
Débite deslllèi.
lient le premier rang , comme estant lepain le principal aliment pour l’entretiende ceste vie , et partant en cest endroitn’en sera rien touclié. Ce sera à l’ordre dela débite des blés où je m’arresterai pré-sentement , lequel bien entendu, satisferaà toutes les nécessités de la maison. De làles paysans du Languedoc chantent enleur patois :
Fasse que voudra la meynade ,
Mas que lou bouvié sio en l’arade.
Voulans dire, que pourveu que le labou-reur marche continuellement son train etque les grains soient débités ainsi qu’ilest requis , quelque desbauche qu’il y aiten la famille , néantmoins elle s’entre-tiendra par le moyen du labourage de laterre. Proverbe qui se treuve vérifié plusnaifvement qu’il ne seroit à souhaiter,par les guerres civiles de nostre siècle :dont les furieux ravages ayans interrom-pu le cours du labourage , ont produittoutes sortes de misérables pauvretés etruines. Par excellence ce mot de, labou-rage , a esté donné à la culture des blés ,encores qu’il soit communiqué à toutautre travail : et le laboureur, estimé leprincipal officier de la maison, commeadministrant le pain. D’entre les bonsmots de Caton sur ce propos, l’on tireceux-ci :
Le labourer et l’espargner,
Est ce qui remplit le grenier.
Afin donques que nostre père-de-familletire la raison de ses blés, il s’estudiera àrecercher le vrai poinct de leur vente,pour le profit ou perte de ce mesnage, es-tant bien ou mal conduict. Il n’en souhai-tera tant le haussement du prix, pourremplir sa bource, qu’il désirera d’en se-courir opportunément toute sorte de per-
sonnes en ayans besoin ; mesme par cha-rité , les pauvres en leurs nécessités, pourrecognoissance des biens que Dieu lui dis-tribue , lui donnant abondance de blés etpour lui et pour autrui. Mais aussi c’estDieu qui fournit l’homme de prudencepour faire ses besongnes, desquelles ilordonnera tous-jours avec raison estantconduit par son esprit. Or débitera-il sesblés comme il appartient au profit du pu-bliq, et à sa privée utilité, si à Noël etnon devant , il ouvre ses greniers pourvendre un tiers de ses grains à qui lui endemandera aux prix courans : gardant lereste pour débiter petit-à-petit jusques àla cueillète. Et pendant ledict temps, fer-mera ses greniers lors que le prix du blése ravalera, pour les réouvrir, quand ilsera à prix raisonnable, bien que plu-sieurs , par impatience , pratiquent lecontraire. Selon telle adresse, il fera sesaffaires au contentement d’un chacun.Car vendre son blé incontinent après l’a-voir recueilli, n’est le faict d’un bon mes-nager, ne d’un bon politique, aimantlespauvres (ou ce seroit, pressé, par quelqueextraordinaire événement) d’autant quede la cueillète jusques à Noël , pour del’argent chacun en treuve assés, y ayantplusieurs personnes nécessiteuses , quipour s’accommoder en vendent durant cetemps-là : et cependant le bon mesnagerayant le sien de réserve, le fera servir deprovision pour toutes sortes de gens enayans besoin, qui entreuveront dans sesgreniers jusques aux nouveaux. Ce fai-sant le père-de-famille treuvera à la finde l’année avoir vendu son blé, sous di-vers prix , selon qu’ils se seront haussésou baissés, chèrement ou à bon marché,ce qui lui reviendra à profit et honneur ,