1 65
DU THEATRE D’AGRICULTURE.
et le gardera de la perte où ceux chéent,qui avarement en attendent l’extrêmeclierté ; en quoi souventes-fois ils se dé-çoivent , estans contraints, après avoirlonguement gardé leurs blés, de les lais-ser à meilleur marché, qu’à la cueillète.D’en faire vente en gros, pour les trans-porter en grande quantité hors la pro-vince, est besoin d’un bon avis , en dis-tinguant le temps. Si la saison a esté fer-tile et abondante , c’est sans scrupulequ’on s’en peut desfaire de la bonne moi-tié de ce qui sera dans les greniers , dontpar ce moyen somme notable de denierstumbera à la fois dans vostre bource, etcela sans faire tort au publiq ; en estantd’ailleurs bien accommodé. Par le con-traire , ayant esté la cueillète ou stérileou de moyenne fertilité, n’est raison-nable d’en desfaire le pays, veu mesmeque dans vostre maison ne pouvés faillirde bien vendre vostre blé sans vous mettreen autre peine. De le faire charrier parles marchés et villes d’alentour pour ledébiter, n’est chose plaisante ni profi-table : par y avoir en cela trop de souciet tracas, et peu de gain , pour l’inéga-lité des mesures et infidélité des serviteurset autres gens, dont de nécessité en telcas vous-vous serves, entre les mains des-quels tous-jours quelque chose demeure àn n’.y a vostre intérest. N’estant si bonne vente
telle vente . # %
qu'en la que celle qui se faict dans vostre grenier,
maison. /
en vostre presence, et comme par vousmesme. Cet article sera commun pour ledébit de toute sorte de fruicts et denrées,dont le père-de-famille désire tirer ar-gent ; assavoir, qu’il ne les doit jamaisfaire transporter à ses despens hors de samaison , que par contrainte , non degaieté de coeur 3 estant la vente tous-jours
meilleure cliés soi qu’ailleurs, quoi-qu’àmoindre prix; c’est aussi le dire des mar-chands , qu’ils tiennent pour maxime ,
Achète tant loin que voudras,
Mais vends tant près que tu pourras.
Pour à quoi parvenir est requis au père-de-famille de mettre ses affaires en telestât, qu’il puisse gaiement attendre lepoinct de la vente de ses fruicts, et n’estrecontraint de la recercher impatiemment.
Ainsi tirera-il la raison du rapport de saterre , selon les diverses qualités de sesbiens , en leurs saisons , avec contente-ment. D’emmonceler et assembler blé surblé , année sur année , quelques-fois estfort profitable et au publiq et au particu-lier : au publiq, quand en temps de fa-mine ou de cherté, on treuve amas deblé , dans les greniers d’un vertueuxhomme, lequel à l’exemple d’un Joseph,en Égypte , en distribue à prix communà toutes sortes de gens , leur espargnantla peine d’en aller cercher loin ; gardantaussi aucune fois de mourir de faim lepauvre peuple : au particulier, c’est sansdoute que cela avenant à propos, le mes-nager en tire beaucoup d’argent à songrand avantage. Mais estant ce chose ha-sardeuse, que telles attentes, et lesquellesDieu maudit, quand le but tend à l’ava-rice , le père-de-famille fera bien d’es-sayer de se desfaire de ses blés par cha-cune année , sans toutes-fois s’y peiner,si ses affaires ne le pressent. Et selon quele temps lui en fournira des avis, il avan-cera et reculera en cest endroit, ne refu-sant de secourir de blé ceux qui en aurontbesoin; en ce cas tenant ses greniers ou- „ .verts en tout temps. Observera ceci, que '"«> /w a
- , 1 1 f conserva-
de garder tous-jours ses blés nettement tion du blé ,etseurement, tenant l’œil qu’aucun grain T/plnu"’"