SECOND LIEU
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examiner , les déplacer , les remuer sans occa-sionner d’embarras, de déchets et de mélange.
9 0 . Si les rats et les souris percent un sac , ilsne pourront s’y retrancher long-temps sans êtreapperçus ; s’ils parviennent à établir leur do-micile dans le grenier , les chats leur feront lachasse avec plus de facilité ; on pourra d’ail-leurs se servir, pour les exterminer, de tousles moyens connus, sans dangers pour la denrée.
io°. Un grain gâté peut, à la manière deslevains, jeter la corruption dans des masses oùil est difficile ensuite d’arrêter ses effets rapides,tandis que dans ce cas il n’y auroit qu’un sacà séparer et à travailler.
n°. Si un sac placé au fond d’un bateau ouresté un certain temps auprès des murs, a déjàcontracté une disposition à s’échauffer et à fer-menter ; pour y remédier , il sera possible del’éloigner des autres sacs , de le remplacer oude l’employer , sans que la totalité puisse en re-cevoir du dommage.
i2°. Le nombre des sacs pouvant se compterpar rangées , et le vide qu’un seul occasionnedevenant très-sensible , on s’appercevroit à l’ins-tant du tort qui se feroit au grenier.
i 3 °. Ceux auxquels la direction et la manu-tention des magasins sont confiées , n’aurontplus de prétextes pour compter des frais d’en-tretien et de déchets , qui montent souvent àdeux pour cent du prix d’achat des grains.
Cette méthode de conservation n’est pas seu-lement applicable aux grains et aux farines ; elleconvient encore aux semences légumineuses,telles que les pois , les fèves , les haricots etles lentilles. Comme assez ordinairement on estplus frappé des dépenses du moment, que desbénéfices à venir , on a objecté que la premièremise de fonds pour l’achat des sacs et leur en-tretien donneroient lieu à beaucoup de frais;mais cette dépense une fois faite seroit ample-ment compensée par les avantages infinis quien seroient la suite. Pour manœuvrer les grainsabandonnés en couches , n’est-il pas toujoursnécessaire d’avoir des cribles , des balais, despelles? Calcule-t-on tous les déchets et autresfrais de main - d’œuvre que la saison , le localet la nature de l’objet rendent journellementindispensables ? D’ailleurs , ne faut-il pas tou-
jours une certaine quantité de sacs pour porterles grains au marché ou au moulin , et les rap-porter à la maison? En les vidant , les rem-plissant , les entassant les uns sur les autres ,ne s’usent-ils pas plus vite qu’en les laissantdebout et isolés ? (P.)
( 5 j) C’est avec un grand sens et une profonderaison , que notre auteur fait succéder à sespréceptes généraux , contenus dans le premierLieu du Théâtre d’Agriculture, ce qu’il avoit àdire sur l’objet le plus important de cet art nour-ricier. Son second Lieu traite du blé , c’est-à-dire de ce gramen qui est, par excellence , laplante céréale ; qui fait, dans nos climats, lefond , non-seulement de la subsistance desPeuples, mais de la richesse des Etats, et la me-sure universelle du prix de toutes les denrées.Le blé est, en effet, de toutes les denrées, celledont le débit est le plus assuré. Tout pays quien manque, 11e sauroit jamais être ni riche , nipeuplé , ni libre. Pour être indépendant, il fautd’abord du pain.
Le riz se consomme en potages, en gâteaux,en bouillies. Le mays fait la polenta. Le blé a,sur eux , l’avantage de la panification. La mé-decine observe que les peuples qui vivent denourritures fermentées , sont plus courageuxque les autres. Si l’Europe est supérieure auxtrois autres parties du monde, peut-être le doit-elle au pain , et par conséquent au froment.
La récolte du blé est fondée principalementsur l’art du labourage. Aussi (et Olivier de Serres en a fait la remarque expresse) les An-ciens et les Modernes ont donné aux cultiva-teurs le nom de laboureurs. C’est leur titre pa-tronymique. Dans les bons écrivains du sièclede Louis XIV , on ne trouve guère ces mots :agriculture , agriculteur, etc. ; mais par-tout oncite , on exalte , on préconise uniquement etlabourage et laboureur.
L’art de ces hommes respectables consistedonc sur-tout à faire produire à la terre les plusbelles récoltes de blé , sur-tout de blé-froment.Mais la terre ne peut donner tous les ans ces ré-coltes, qui l’auroient bientôt épuisée. Si l’on nesemoit que du blé , ce gramen seroit à lui-mêmeson plus grand ennemi. Sa culture en suj>pose et
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