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SECOND LIEU
chou qui ne pomme pas , et dont la graine sertà faire de l’huile. On verra , dans les colonnessuivantes , les frais considérables qu’exige cegenre de culture , et les produits qui en sont lerésultat. Le colsa a été un des grands véhi-cules de la perfection de l’agriculture flamande.Comme il ne payoit point de dime , on peutcroire que c’est la circonstance qui a le plusfavorisé sa propagation.
Une autre plante très-riche , c’est le lin. L’onn’en trouve ici qu’un demi- bonnier , ou huitcent, tous les ans. Il y a trente ans qu’un fermiermettoit beaucoup plus de lin, parl’appas du bé-néfice excessif que cette plante rapporte quel-quefois; mais on en a reconnu l’abus. Ce végétalest vorace. Virgile a dit que sa moisson brûlela terre {TJrit enirn Uni campum seges). Colu-melle dit que le lin est surtout nuisible à laterre ( A gris prœcipue noxiurn est). Il de-mande beaucoup d’engrais et de culture ; ilmanque très - souvent ; ses racines sont aussiétendues en terre que sa tige en sort ; il dété-riore tellement le sol, que si on le met sur unmême champ deux à trois fois dans neuf années,la force végétale en est enlevée. Il faut alorsplusieurs années d’une culture suivie , pourrendre à la terre sa première vigueur. En géné-ral , un bon cultivateur fait peu de lin ; encorea-t-il la précaution de n’en remettre que surune terre où il y a dix-huit à vingt ans qu’iln’a pas été cultivé.
Il y a tous les ans un bonnier et demi detrèfle. Les deux tiers se sèment dans l’avoine ,et l’autre tiers dans le blé-froment. On se sert,pour enterrer cette graine , d’un instrumentqu’on appelle , dans le pays , redoir ,• c’est ungros rouleau. Le trèfle se trouve levé, quand oncoupe l’avoine et le blé.
Le soucrion est l’espèce d’orge qui sert à fairela bierre (note 4 2 )■ On en coupe en verd unepartie au mois de Mai, pour nourrirles bestiaux.
Le chou - chollet , ou chou-collet, s’élèvebeaucoup, et ne pomme pas ; il pousse delarges feuilles , que l’on ôte , en commençanttoujours par celles du bas de la tige. On ennourrit les vaches , jusqu’aux approches desfortes gelées. La tige est séchée en tas ; ellesert à chauffer le four.
Vhyvernage est un mélange de seigle et devesce. Il y a dans les grandes fermes , la dra-vière, qui est un mélange de fèves, d’avoine etde vesce. L’hyvernage, ou le seigle mêlé avecdes fèves, devient un champ impénétrable à unchien de chasse.
On cultivoit autrefois beaucoup de tabac ,suivant la quantité de fumiers dont on pou-voit disposer. Le blé qui pouvoit remplacer letabac , venoit ordinairement fort haut. Aujour-d’hui l’on n’en met que quelques verges dans lepotager , pour la consommation du fermier.Cette culture demande trop de travail, et dessoins trop minutieux. Ce sont les laboureurs ,exploitans au-dessous de six bonniers , qui cul-tivent cette plante.
Le seigle est le grain qui, mêlé avec du blé-froment , fait le pain dont le fermier et les do-mestiques se nourrissent. On le fait de seiglepur pour nourrir les chiens de la ferme. Onen donne aussi, de temps en temps , quelquestranches aux chevaux , et aux autres animaux.
On peut observer que cette culture , c’est-à-dire celle des quinze bonniers , ou des champsproprement dits, roule sur quatorze espècesde plantes ;
i°. Quatre espèces de céréales ; le blé , leseigle, le soucrion , l’avoine.
2°. Deux espèces de choux ; le colsa , lechou-collet.
3 °. Trois plantes légumineuses; la fève, lavesce, le trèfle.
4 °. Une plante textile ; le lin.
5 °. Quatre racines alimentaires et fourra-geuses ; la pomme de terre , la betterave , lacarotte, le navet.
Tels sont les matériaux essentiels de la re-production végétale et annuelle de cette ferme.On voit qu’à l’exception peut-être de la pommede terre, toutes ces plantes étoient connues dansle temps où Olivier de Serres écrivoit son Théâtred’Agriculture ; mais leur emploi méthodique etalternatif dans le même terrein, n’étoit pas cal-culé de son temps avec la même précision et lamême suite qui se trouvent dans l’exploitationde cette ferme flamande. Il y a certainementpeu de critique à en faire , et ce 11’est pas ici lelieu de relever ce qu’on pourrait y désirer.