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Tome I.
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DU THÉÂTRE DAGRICULTURE.

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Voyons maintenant par quels moyens le fer-mier des environs de Lille peut accumuler ainsiperpétuellement dans un terrein borné, et surun sol naturellement médiocre, une si grandequantité de productions. Cest lobjet des co-lonnes suivantes du tableau.

§. III. Explication des cinquième , sixième et

septième colonnes , qui concernent les fu-mures.

Pour lintelligence de cette colonne, il estnécessaire de savoir quon entend par charretéede fumier le poids de seize quintaux ( quatre-vingt myriagrammes) , ou environ , de fumiersde vaches et de chevaux, mêlés ensemble, etbien pourris. On retire,enFlandre, de la récolte,un tiers de paille de plus que dans les autrespays. Il nest pas rare de voir des avoines decinq pieds (un mètre soixante-six centimètres)de haut. On fauche le blé à raze terre, pour nepas laisser de chaume. On employé tous lesmoyens possibles pour avoir beaucoup de fu-mier , et pourtant lon se trouve à court.

La charretée de courte-graisse , contient huittonneaux , pesant ensemble dix-huit à dix-neufquintaux (quatre-vingt-quinze myriagrammes),et remplis durine de bestiaux et dexcrémenshumains , mêlés ensemble ; on conserve ces ma-tières dans de grandes fosses destinées à cetusage ; elles sont en plein champ , et couvertesde paille; lurine des bestiaux est inférieureaux excrémens humains ; mais tout se mêle dansune ferme. O11 devine aisément combien letransvasement des tonneaux dans le. fosse , et dela fosse dans les tonneaux, doit être dégoûtant ;mais il lest cependant beaucoup moins quelon ne se limagineroit dabord. On vide , enFlandre , les latrines tous les quinze jours; etcomme le produit qui résulte de la vente de cetengrais fait le profit des domestiques , il est deleur intérêt de laugmenter , soit en ne per-dant pas les urines , soit en jetant dans les la-trines toutes leurs relavures : aussi les ache-teurs de courte-graisse ont-ils différens moyensde sassurer de la fidélité des vendeurs. Jabrègele plus quil est possible ces détails ; il ne mereste plus quun mot à dire sur la manière égaleet expéditive avec laquelle on répand cet engrais, j

Un homme tient en main une longue perche aubout de laquelle est enmanché un plateau de boiscjuil remplit de matière prise dans un tonneaudéfoncé; il jette au loin ce que contient le pla-teau , et arrose à cinquante pas ce qui lentoure ;lhabitude donne ladresse nécessaire pour exé-cuter ce genre darrosement.

Il y a deux espèces de cendres que lon ré-pand sur les trèfles , celles qui proviennent dubois et celles de charbon de terre ; cest au culti-vateur à connoître les plus favorables à sesterres ; on répand ordinairement trente-deux pa-niers de cendres par bonnier de trèfle ; le paniercoûte environ 1 livre 10 sous.

Une observation importante qui néchapperapas sans doute à celui qui lira cette note , cestque la ferme , composée de seize bonniers , etnayant que quatorze à quinze bestiaux, ne peutpas fournir la quantité de fumiers nécessaire àson exploitation. O11 ne peut guère évaluer quàtrois cent tonneaux, ou trente-huit charretées,les urines de la basse-cour ; encore , pour ob-tenir ce résultat, est-il nécessaire davoir desécuries bien construites en pente , et qui con-duisent , par le moyen dun canal, les urinesdans un réservoir. La quantité durines dépendbeaucoup de la qualité du fourrage ; celui quiest vert , en procure plus que le sec ; mais on nedoit pas compter que douze vaches donnent plusdun tonneau durine par jour.

Quelques soins que lon se donne, la fermemanque de près de deux cent charretées de fu-mier quil faut se procurer à la ville.

On commence à voir ici clairement lim-possibilité lon est, en Flandre, davoir degrandes fermes, sans être forcé den laisser lamoitié en jachères faute dengrais. La colom-bine, la fiente des volailles , mêlées avec deleau, et jetées dans la fosse aux urines , peuventbien augmenter la masse des fumiers , mais il yauroit toujours un grand déficit, malgré cetteressource dont on parlera tout à lheure.

Quelques cultivateurs pourroient croire quenplaçant un troupeau de moutons dans une fermede seize bonniers , comme celle qui nous sertdexemple , ils augmenteroient beaucoup leursengrais ; mais il convient de leur faire observerquil ny a point, en Flandre , de jachères , ni