SECOND LIEU
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d’autres parcours que les chemins. La consom-mation de fourrages , occasionnée par un trou-peau de moutons à l’étable pendant toute l’an-née , pourroit être à charge au fermier : c’estdu moins l’opinion du pays. Loin des villes etdes habitations, on trouve un très-petit nombrede métairies qui ont un peu plus de seize bonniersde terres à cultiver ; alors le propriétaire , quine veut pas voir sa ferme se détériorer, obligeson fermier à entretenir un foible troupeau demoutons; la clause en est formellement énoncéedans le bail, comme un gage assuré que lesterres seront bien fumées; mais comme ces dis-positions dérangent quelquefois les spéculationsdu fermier , celui-ci stipule toujours pour entre-tenir le moins de moutons possible ; ainsi, il netient qu’à très-peu de chose , que cette belle racede moutons, dits jlandrins, ne disparoisse dela ci-devant Châtellenie de Lille. C’est une desimperfections de la culture flamande , à laquelleil n’est pourtant pas impossible de remédier.
Dans ses réponses aux questions du Bureaud’agriculture britannique, M. l’abbé Mann ditqu’en Flandre , on regarde généralement le fu-mier de cheval, de vache et de cochon, commele meilleur engrais. « Le fumier de bergerie ,» ajoute-t-il, est à peine connu dans les districts» bien cultivés, relativement au manque de pà-» ture. La terre est trop précieuse pour i’em-» ployer en pâturage pour les brebis. On voit» seulement des troupeaux de moutons sur les» grandes fermes , où la terre est conséquem-» ment d’une moindre valeur ».
Il reste une ressource au cultivateur qui, éloi-gné des villes , ne pourroit pas se procurer , sansde grands frais , les fumiers qui lui manquent.On fait aujourd’hui un grand usage des tour-teaux , ou du marc que laissent les grainesgrasses , lorsque l’huile en a été extraite. Lestourteaux réduits en poudre , se répandent surles terres , de la même manière qu’on sème legrain , ce qui ne se pratique que dans les tempspluvieux. En tout autre temps , on délaye cemarc dans l’eau, et on le jette comme les courtes -graisses ordinaires. Cet engrais huileux échauffela terre et fait pousser les plantes. Ces tourteauxs’achètent 8 , 9 à 10 francs le cent. Un cent detourteaux pèse deux cent quarante à deux cent
cinquante livres (douze à treize myriagrammes).Le prix suit toujours celui des grains.
C’est notre illustre agronome françois , Du hamel du Monceau , qui a parlé le premier decet engrais, dans son Traité de la culture desterres ( tome VI, page 190 ). A cet égard , lesFrançois ont eu l’initiative. Les Anglois s’entrouvent si bien, que leurs écrivains proposentd’importer exprès des graines de lin unique-ment pour cet usage. M. l’abbé Mann ignoraitl’emploi qu’on en fait en Flandre, lorsqu’il a ré-pondu aux questions du Bureau d’agriculture deLondres .
O11 se sert encore, en Flandre , pour fumerles lins, de la fiente de pigeon. C’est l’engraisqui leur est le plus propre. On achète la colom-bine dans les environs d’Arras , département duPas - de - Calais , où se trouvent beaucoup defermes avec de grands pigeonniers. Les cultiva-teurs des environs de Lille louent ces pigeon-niers pour toute la fiente qu’ils produisent pen-dant l’année. Us en font même des baux pourtrois ans. Vers les mois de Février et Mars (Plu-viôse etVentose), ils vont , avec leurs charriotset ceux de leurs amis, en chercher le produit. Uncolombier de quatre à cinq cent pigeons, se loueordinairement 72 à 80 francs. Il peut faire l’en-grais d’un Aem\-bonnier, ou de huit cent de terre.Cet engrais ne convient qu’aux terres froides.
On fume encore les terres sur lesquelles ondoit semer les planchons , ou plantes de colsa ,avec de la suie de cheminée, qui s’achète 1 francla manne , contenant un pied cube (trois déca-litres quatre litres). On en met huit mannes parcent de terre.
On s’en sert également sur les colsas ; maiscet engrais ne se jette alors sur la terre qu’auprintemps.
Les Anciens mettoient toute la religion en al-légories relatives sur-tout à l’agriculture ; ilsavoient fait un dieu du fumier ( Pitumnussterqullinus , Stercutius). On peut dire que lesagriculteurs Flamands sont les vrais prêtres de cedieu, ou du moins ceux qui pratiquent le mieuxson culte. C’est là le vrai type de leur supério-rité. M. Arthur Young a dit une grande véritédans son voyage en France : c’est que si l’Al-sace , par exemple , n’est pas aussi bien cultivée