DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
et aussi productrice que la Flandre , c’est le dé-faut d’engrais qui en est la cause.
Cet article doit être médité par tous ceuxqui veulent profiter de la lecture d 'Olivier de Serres .
Les engrais échauffans sont plus nécessairesau sol et au climat humide de la Flandre ,qu’ils ne le seroient sous un autre ciel et dansun terrein de nature jrius sèche. Cependant, ilfaut convenir que cet article est le triomphe del’agriculture flamande, et que par-tout ailleurson devroit imiter, de près ou de loin , l’indus-trie des fermiers de ce pays , pour se procurerdes engrais de toute espèce, et pour les em-ployer à propos. Ici, peut-être, quelques cul-tivateurs se récrieront , et diront : « Comment» faire pour obtenir cette quantité de fumiers?» Les Flamands ont bien plus aisé. Que ferons-» nous pour approcher de ce modèle inimi-» table » ? — Ce que vous ferez ! la réponse estdans les beaux vers de Manière , sur ce grandpoint d’agriculture. Il est d’autant plus conve-nable de donner ici ce morceau du Virgile mo-derne , qu’en même-temps qu’il laisse sans ex-cuse la négligence des fermiers sur un objet sicapital , il a , de plus , le mérite de renfermer ,en quelques lignes , la substance de plusieursgros livres , et que ses vers peuvent tenir lieud’un traité des engrais. Les lecteurs seront assezjustes pour excuser l’auteur de cette note, sises vers françois sont loin de valoir les vers la-tins de Vanière. On sentira qu’il n’étoit pas aiséde rendre en notre langue un sujet dont le titre,dans Vanière même , est la stercoration desterres.
Les champs qui sont privés d’engrais réparateurs ,
Du fermier paresseux sont les accusateurs.
Allons ! purgez vos cours de cette eau croujjjssante ;Enlevez des chemins la fange renaissante ;
Des corps qui ne sont plus recueillez les débris ,
Les feuillages séchés , les végétaux pourris ;
Tout ce que des torrens la course débordéeTraîne , avec le limon , sur leur rive inondée ;
Les chaumes , les rebuts ; sachez tout ramasser :Dans un fossé profond sachez bien l’entasser \
Qu’il y mûrisse un an ; puis, quand l’automne avance,Qu’il aille , dans vos champs , reporter l’abondanc?.
O laboureur soigneux ! connois ton vrai trésor :
Les meules des fumiers , voilà tes mines d'or.
Qu’à leur défaut, du moins , ta glèbe soit nourriePar la fève, enterrée aussitôt que fleurie.
Que dis-je? Deux terreinsrebelles à tes vœux,Peuvent se secourir et s’amender tous deux.
Dans le sol trop compact, il suf fit de répandre ,Comme un riche fumier , du sable, ou de la cendre ;Quand le sol, au contraire, est un sable léger,
Avec l'argile épaisse il peut se corriger:
L’une par l’autre, ainsi, l’art féconde les terres ;Mais l'art a des secrets encor plus salutaires ;
Et si, durant les nuits de la douce saison,
Les troupeaux innocens qui portent la toison ,Couchent, serrés entr’etix , sur la terre épuisée,
La terre, sous leurs pas, renaît fertilisée.
Stercoratio.
Arvaputri non posse fimo saturare , coloniJOesidis est:pagisordes , ccenosaque viilceP urgamenta, comas nemorum, frondemque caducam,Pt paleas , et quidquid aquis spumantibus amnisInvehit ad ripas torrentior, omnia fossisIngerite ; et totum veterascere jussaper annum ,Autumno redeunte, pigris affundite campis.Plorentes inarate fabaspro stercore ; siccosVel cineres , sterileinque , fimi vice pinguis, arenamFundite , si fueritgraviorcretosaque terra:
Jiariorat contra sabuloque simillima , densamAccipiat cretam ; quas emendata per artesAuxilium sibi dona feret per mutua tellus.
Ast ope vix aliâ magis exultabit , aperto
Sub Jovepernoctans quàm si pecus incubet agris ;
Moihor hj bcrnisparcet dum flatibus eurus.
( Vasier. Præd. rust. L. VIII. )
§. IV. Explication de la huitième colonne,qui concerne les labours.
Cette colonne n’a besoin que de peu d’expli-| cation. Il suffit seulement d’observer que lecolsa , outre la peine de le planter, exige unepréparation particulière. On fait de douze piedsen douze pieds (quatre mètres), et même de dixen dix (trois mètres trente-trois centimètres) ,une rigole de la largeur et de la profondeur d’unbon fer de bêche. La terre que l’on tire de cette ri-gole se jette au pied du colsa, le renterre , faitun nouveau fumier, et met le jeune plant à l’abrides fortes gelées. C’est ce qu’on appelle rouckot-ter. Cette opération est recommencée au prin-temps. C’est une pratique fort vantée par les Fla mands . Il faut observer que ce sillon , ou ri-gole , est changé chaque année , de sorte que,