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SECOND LIEU
dans l’espace de dix ans , la même pièce setrouve creusée et défoncée pour cet effet.
Le colsa est la plante qui, en tenant lieu dejachères, a donné au fermier Flamand le moyende les supprimer. Sa culture fournit du travailaux manœuvres , des huiles au commerce , del’engrais au bétail , du chauffage au fermier,de l’amendement à ses terres. Le proverbe fla-mand dit qu’il faut une bêche d’or pour remuerla terre. Si le cultivateur Lillois se sert de cettebêche , il le doit au prix du colsa.
Il est nécessaire, pour la culture du lin , derendre la terre fort meuble , avant que de luiconfier la semence. Cette semence, très-petiteet très-coulante , ne demande qu’à être très-peuen terre; il lui faut une terre très-meuble ettrès-unie , ce qui ne peut s’obtenir que par plu-sieurs labours , par des rondelages (terme dupays , pour exprimer l’action du rouleau) ; et,en outre, il faut beaucoup herser. Les fermiersLillois disent que pour semer lin, il faut lasserl’herche.
Pour les pommes de terre et les navets, ondonne trois, ou même quatre labours. Cesplantes, produisant en terre, ont besoin d’être àl’aise pour grossir et multiplier.
Le planchon , ou la pépinière du colsa , de-mande une terre bien meuble pour préparer debelles plantes. On lui donne également trois ouquatre labours.
Le labour , suivant Turbilly, est le com-mencement ou le fondement de l’agriculture.On peut voir que la culture flamande ne pèchepoint par la base. Il n’y a point de sols quisoient tenus dans un aussi grand état de nettetéet d’ameublissement. Si l’on joint à l’idée deces travaux continuels et de ces soins infati-gables , la moiteur continue du terrein et del’atmosphère , on pourra concevoir les miraclesde la culture et le prodige des récoltes , d’ujipays qui pourtant est privé de grands avantages,puisqu’il ne peut connoître ni la vigne , ni lemays , ni les autres richesses des pays moinsseptentrionaux, ou plus abrités. C’est aux mi-racles de la culture flamande que l’on peut ap-pliquer ce vers :
Le travail est le dieu qui rajeunit la terre.
§. V. Explication de la neuvième colonne, surles Semences.
Il suffit de connoître la valeur des mesuresemployées dans cette colonne , pour les rappor-ter à la quantité de terrein que l’on veut cul-tiver.
Quatre havots font une razière.
Deux razières font un sac.
Un sac est ordinairement du poids de deuxcent quarante livres (douze myriagrammes) ,comme le setier de Paris .
Une observation que les cultivateurs de l’ar-rondissement de Lille regardent comme très-essentielle , c’est qu’ils changent de graines desemence tous les deux à trois ans. Ils ne sèmentjamais les graines qu’ils récoltent } ni cellesqu’on a dépouillées dans le même territoire. Ustirent leurs graines de semence de huit à quinzelieues (quatre à huit myriamètres ) de chez eux,assez généralement d’une partie de l’arrondisse-ment d’Hazebruck et des frontières du Pas-de- Calais . Ces grains , toujours choisis et de lapremière qualité , se payent en conséquence, etun quart même plus cher que le prix ordinairedes plus beaux grains de leur récolte. Les se-mences de trèfle se tirent de la ci-devant Bel gique . Étant produites dans des terres sablon-neuses , elles sont plus nettes et moins mêléesdes semences étrangères, qui les infestent dansles environs de Lille . Les graines de lin viennentde Riga . Il est généralement convenu , et l’onassure que les expériences ont prouvé que si unlaboureur sème les graines de sa récolte , ellesdégénèrent d’année en année dans leurs produc-tions et leur qualité. Voyez la note ( 32 ).
Si c’est un préjugé , il est bien ancien. Il étoitdu temps de Virgile . Mais peut-être qu’enFlandre le climat fait plus promptement dégé-nérer les germes. Vanière dit que les semencesles meilleures , les mieux choisies , se dégradentbientôt dans les sols trop humides :
Seminq. dégénérant humentibus optima terris.
(Praed. rust. L. VIII. )
§. VI. Explication de la dixième colonne, quiprésente le produit des Terres en nature.
Cette colonne indique le rapport des terres ,au taux de leur plus grand produit, ce qui est
bien