DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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bien éloigné d’avoir lieu tous les ans , et cequi n’arrive pas une fois dans le cours d’un bailde neuf ans. Mais la variété des objets de cul-ture fait qu’il y en a toujours qui réussissent,et que le succès de l’un dédommage quelque-fois du malheur de l’autre.
Puisque la production du blé est le premierobjet de cette note, commençons par ce grand ar-ticle, et pour en mieux juger, cherchons des Ob'-jets de comparaison.
Quant à la culture ordinaire , les récoltes fla-mandes sont de beaucoup supérieures à ce qu’onen retire communément en France .
Suivant Vauban , l’arpent de blé ne rendoit ,sous Louis XIV , que deux setiers un tiers , oucinq à six quintaux (vingt-cinq à trente myria-grammes).
En 1750 , Duhamel du Monceau évaluoitainsi le rapport des terres à blé dans le ci-de-vant Gâtinois : il croyoit qu’il falloit au moinsdeux mines et demie de blé (la mine de quatre-vingt livres), pour ensemencer un arpent. Lesbonnes terres produisoient environ cinq fois lasemence ( Traité de la culture des terres , tome I).C’est huit quintaux (quarante myriagrammes)de produit net, par arpent emblavé.
M. de Châteauvieux , ami de Duhamel , etsyndic de Genève , avoit tenu exactement desregistres de ses récoltes pendant quarante an-nées. Par l’examen de ces registres, il s’étoitconvaincu que le produit des terres , dans lesiècle alors précédent, étoit le même que celuiqu’on en retiroit de son temps. De tous ses exa-mens, qui remontoient jusqu’à l’époque de 1668,et qui venoient jusqu’à l’an 1754 , il résultoitégalement que les terres , près de Genève , dansles années réputées bonnes, rapportoient troisfois la semence {Ibid. , tome IV, page 385).Ceci est au-dessous des champs du Gâtinois.
Enfin , le même Duhamel donne un extraitfort curieux du produit des récoltes faites sur unmême domaine (à Fontclaire , près d’Avignon ),depuis l’année 1677 , jusqu’à 1766. MM. d 'El-bène , bisayeul, grand-père, père et fils , pro-priétaires de Fontclaire , avoient tenu de leursrécoltes des états successifs , dont les originauxse conservoient à Avignon . Or, d’après ces états,une saumée de terre, de mille deux cent toises
Théâtre d’Agriculture , Tome I.
carrées , la toise de six pieds de roi ( deuxmètres), avoit produit communément cent neuflivres et une once de grain , valant, au prixmoyen, 7 livres i3 sous, pendant quatre-vingtsans {Ibid. , tome VI, pages 102—136). Cettesaumée est presque le septième d’un grand ar-pent, ou d’un demi-hectare. Ainsi, le produitreviendroit aux huit quintaux (quarante myria-grammes) du Gâtinois.
Maintenant, quelle différence dans les récoltesde la Flandre ! Les quatre bonniers et demi quisont en blé-froment dans la ferme qui nous oc-cupe , produisent quatre-vingt un sacs. Cesquatre bonniers et demi peuvent représentertreize demi-hectares. Les quatre-vingt-un sacs ,chacun de deux cent quarante livres , pèsent,par conséquent, cent quatre-vingt quatorze quin-taux (neuf cent soixante-dix myriagrammes).C’est, à très-peu de chose près, quinze quintaux(soixante-quinze myriagrammes) par grand ar-pent , ou par demi-hectare. C’est donc presquele double des produits moyens ordinaires.
Mais ces produits sont bien plus forts, dansce qu’on nomme , en France , les pays de grandeculture. C’est-la que de riches fermiers et defortes avances doivent assurer des rentrées bienplus considérables. Nous devons donc aussicomparer la ferme modeste des environs deLille , avec les plus grands ateliers de l’agri-culture françoise. Que dirons-nous , si mêmedans un semblable parallèle, si fort à son désa-vantage , la petite ferme flamande parvient non-seulement à soutenir la concurrence, mais àl’emporter d’un sixième sur ses importantes ri-vales? C’est ce qu’il faut développer.
On a souvent exagéré le rapport de ces grandesfermes. Nous ne copierons pas les évaluationsexcessives de leurs produits, qui ont été donnéesdans V Encyclopédie , et depuis , à la tribune desAssemblées nationales. Nous prendrons le calculque présente le C, Isoré , cultivateur-proprié-taire , dans son Traité récent de la grande Cul-ture des terres. Suivant lui, les départemens del’Aisne , de Seine-et-Marne , d’Eure-et-Loir , deSeine-et-Oise , de l’Oise et de la Somme , con-tiennent quatre millions quatre cent quarantemille arpens de cent perches , à vingt-deux piedsde douze pouces la perche (valant chacun cin-
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