DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
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A quoipour un préa-lable con-vient aviser fpour biendresser lavigne.
D’où pro-cède le goustet la force duvin.
CHAPITRE II.
Élection du Lieu et du complantpourla Vigne.
L’a er, la terre, et le complant, sont lefondement du vignoble. De leur assem-blage provient abondance de bon vin , delongue garde , non sujet à se corrompre.,et cliarriable pour la débite : sans laquelleconcordance, le vin cloche en quelquequalité. Pour à quoi ne faillir, soigneu-sement sera avisé à ces choses, avant quede se mettre en despence à édifier lavigne;comme au dresser du moulin, avec lacommodité de l’eau , est requise la tum-bée du blé pour moudre, but de son re-venu. Le climat et le terroir, donnent legoust et la force au vin, selon leurs pro-priétés , de telle façon qu’il n’est nulle-ment possible, réduire en certaines es-pèces , les diversités des vins. D’autantqu’un mesme plant de vigne, mis en di-vers lieux, produira autant de différentessortes de vins, que diversement ils serontlogés (5). Se voyant cela ordinairement,que où le ciel et la terre favorisent entiè-rement le vignoble , là indifféremmenttoutes sortes de raisins produisent bonvin : toutes - fois meilleur , tant mieuxchoisie en est la race. Au contraire, nulraisin, quoi-que bon de lui-mesme , nerend que pauvre et foible vin, en paysforcé et non du tout agréable à la vigne :surpassant néantmoins là , de tant plusen bonté le commun, que meilleure ensera l'espèce. Réformer l’aer pour l’ap-proprier à la vigne, n’est ouvrage d’hom-me : parquoi où les froidures régnent trop
longuement et trop) violemment, ne fauts’affectionner à planter la vigne, laquellen’y pourrait venir : ou y venant, elle neproduirait aucun fruict : ou le produi-sant , ne pourrait parvenir à maturité.
De mesme est-il des ardantes chaleurs , frJdcZLatsous lesquelles, ni le bois de la vigne ne ZZÉuZdZpeut estre de longue durée , par telle in- dechaud -tempérie, trop se desséchant, au dangerde sa vie ; ni les raisins y fructifier, ainsiqu’il appartient , par s’y brasier durantles joitrscaniculaires. A la merci de tellesimportunes chaleurs n’est exposé aiicunendroit de ce royaume , parce qu’estantposé sous l’une des deux zones tempérées,est par conséquent en telle qualité touttempéré , dont nous ne serons destournésd’y faire des vignes. Mais si serons bienpar les froidures en plusieurs endroits ,où à cause des pays bossus , y faisans deshautes montaignes et profondes vallées ,l’aer est tellement refroidi, que la vignen’y peut croistre. Et en outre , les pro-vinces septentrionales sont de tant plusfroides , quoi-que sizes en plattes cam-pagnes , que plus ont le pôle arctique es-levé sur elles , leur ostant cela l’accroistde la vigne: comme à telle cause l’onvoid la Normandie , la Picardie, la Bre-taigne, et autres refuser la production duvin (6), à son défaut estant contraintes ,pour boisson, s’accommoder defruicts etgrains. Ne pouvant atteindre le vrai mi-lieu , ainsi qu’en aucune action humainepresque jamais cela n’avient que parrencontre , le meilleur sera de planter la Sou jj- r ,vigne, plustosten pays chaud, que froid:
pour le naturel des raisins mieux aimer la chaudqmchaleur, que la froidure, tel le recognois-sant ès forts et excellens vins procéderdes contrées chaudes : pourveu que hors
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