262
TROISIESME LIEU
CHAPITRE VI.
P réparation aux Vendanges.
Le p ère- de - S 1 la vigne, au cours de sonmaniment,requiert beaucoup de science et de dili—dnchargtr^ g ence } c’est en ce poinct de la vendangevendan- 0 ù ces choses sont nécessaires , pour ens perfection de bonté et d’abondance , ti-rer le fruict que Dieu par là nous distri-bue. Les récoltes de tous autres fruictsque la terre produit, se peuvent faire parprocureur, où autre intérest ne peut ad-venir , qu’en la quantité , demeuranttous-jours la qualité semblable à elle-mesme. En cest endroit, peut-on et enl’une et en l’autre, estre défraudé ; mesmec’est chose non seulement très-difficile ,ains presque impossible , le père-de-fa-mille estre satisfàict touchant la qualitéde ses vins , si de l’oeil il abandonne sesceliers et caves , tant que ses vendangesdîneront, pour en laisser le gouverne-ment souverain à ses gens : n’estant telleaction , celle qu’on doive commettre àpersonnes, dont le goust est semblable àla rudesse de l’entendement. Aussi, cen’est en la cave du grossier paysan, quoi-que sis en pays de bon vignoble , quecommunément l’on treuve les plus pré-cieux vins; ains chés les gens de bonesprit , lesquels en rapportent cestelouange, que celui est estimé homme debien, qui a de bon vin. De là est aussitirée ceste maxime , qu’une seule foisl’année l’on se doit apprester à boire.Suivant laquelle , void-on en temps devendanges desloger des grosses villes les
présidens, conseillers,bourgeois et autresnotables personnes , pour aller auxchamps, à leurs fermes , pourveoir auxvins : aimans mieux prendre telle peine,pour estre bien abruvés, que l’estre mal,en espargnant ce peu de souci qu’il y a entelmesnage. C’est pourquoi les vacations FfraA , empide Septembre jusques à la Sainct-Martin, foZ'iZZsont ordonnées en tous les Parlemens de " a s e -France , donnans loisir à messieurs dela justice , par la longueur de ces deuxmois-là, de faire faire leurs vins à leurplaisir ; n’allans tant finement aux mois -sons , dont les fériés finissent presquesaussi tost qu’elles commencent. Nostremesnager donques , s’esgayant en sesvendanges , pourvoira avant leur arri-vée , et à temps, à tout ce qui est requispour telle fatigue, et à loisir s’accom-modera de tines , cuves , cuvetes , bai-gnoires , fouloires, pressoirs, cornues ,tonneaux, cercles , oziers , corbeilles ,mandes, paniers , et d’autres meublesservans à tels usages. De mesme revisi-tera-il ses celiers et caves , pour les faireré-accommoder, et nettoyer tant curieu-sement, qu’il en face ester toute saleté ,laquelle y séjournant pourrait causer mau-vaise senteur au vin; ce qui lui est tantpréjudiciable , que pour petite qu’ellesoit, il s’en rend mauvais, et de peu devaleur : comme au contraire , par l’ap-proche de la bonne, son prix s’en aug-mente. Pour laquelle cause , seront lesceliers et caves situés en l’endroit de lamaison le plus net, esloigné de retraits ,cloaques , estables , poulailliers , bains ,fours et autres lieux puants. D’ailleurs ,aucune mauvaise senteur n’y sera appor-tée , de peur de la communiquer au vin ;comme lards , huilles, laines, oignons ,