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TROISIESME LIEU
chaleur en leurs vins , aussi faisoient-ilsl’humidité ; pour laquelle mieux esloignerdes tonneaux, en les enfouissans, ils lesenvironnoient de gros sablons ou gravoisde rivière , après du jong , et finalementy mettoient de terre fort sèche , à tellefin , gardée dès long temps en lieu sec etcouvert.
e t v*™. A ce que leurs tonneaux continssent
sr.iant par le • • •
d'dam avec mieux le vin, sans respirer par le travers
a poi.z. ^ J eur matière : au lieu de vernis , dontl’on se sert aujourd’hui en plusieurs vasesde terre, les Anciens se servoient de lapoix mixtionnée, avec laquelle ils endui-soient l’intérieur de leurs tonneaux , y enfaisans une incrustation : laquelle duroitun couple d’années, non guières plus ,dont l’on estoit contraint réitérer sou-vent le poixement en un mesme tonneau.Ce qu’ils n’eussent faict, si l’inventionde nostre vernis leur eust esté familière :et qu’ils l’aient ignorée , se preuve aussipar les fragmens de diverses antiquaillesde terre ( qu’on treuve tous les jours , aufonds des ruines ) excellemment bien fa-çonnées , mais non vernies ou vitrées.Leur ordre à poixer les tonneaux à vinestoit tel : ils sortoient leurs tonneaux dela cave , les exposans au soleil pour plu-sieurs jours , afin de les faire bien sé-cher : après ils les nettoyoient et ras-cloient très-bien : puis les chauffoient mo-dérément , pour tant mieux recevoir lapoix. A telle cause on eslevoit les ton-neaux sur terre environ un pied, les po-sans sur un fond ; l’autre tout ouvertregardant en haut : et ce en les posanssur trois pierres plattes équidistammentposées en triangles : au-dessous l’on fai-soit du feu clair, et estant les tonneauxchauds comme il appartenoit , lors jet-
toit-on par dedans la poix fondue etbouillante , de laquelle faisoient suivretout l’intérieur du tonneau , le roulantdoucement par la place. C’estoient lestonneaux qu’on logeoit sur terre , et gé-néralement tous les neufs n’ayans encoresservi, qui ainsi estoient maniés j car lesenfouis dans terre , autrement. Ceux-cisans les remuer de leur place ne rechauf-fer aucunement, estoient seulement ras-clés et baliés en perfection, en après en-duits avec de la poix, la jettant toutechaude voire bouillante dedans le ton-neau , que par tout son intérieur on es-cartoit, à-tout des spatules de fer rougesde chaleur. Ce poixement se faisoittous-jours , en quelques tonneaux quece fust, cinq ou six sepmaines avant lesvendanges, afin de donner loisir à l’in-crustation de s’affermir et endurcir avantqu’y loger les vins. Estant la poix en-cores molle et non endurcie, on la sau-poudroit avec certaines compositions ser-vans, à leur avis, à donner bon goustaux vins , et à les fortifier ; fàictes avecde l’aloès , d’encens , de spica-nardi, deracines de glaieul, du soucliet, de calami-aromatici, de farine de froment, devesces. Aussi pour mesme cause ajous-toient-ils à la poix en la fondant , despoudres faictes des matières susdictes ,et d’autres drogues ; comme de sel am-moniac , du fenu-grec : en outre, de lacire, de la manne, de l’encens, et d’au-tres , selon leurs fantasies $ aucunes sansnulle apparence de raison, tant ils al-loient à tastons en ce mesnage. La poixestoit tirée de divers endroits , dont lesplus remarquables estoient, la Brutie ,Rhodes, Pierie , Idée, Gennes , le Dau-phiné (84)-